Théâtre des Quartiers d’Ivry

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VERTIGES

NASSER DJEMAÏ

20 FÉV > 12 MAR 2017 / Manufacture des Œillets / Le Lanterneau

Nadir - Tu laisses papa tout seul avec le médecin ?
Hakim - Je le pose devant et après je reste à la salle d’attente.
Nadir - Mais il ne comprend rien à ce qu’on lui raconte.
Hakim - Je ne sais pas, on a toujours fait comme ça.

Vertiges est une plongée onirique au cœur d’une famille, dans une cité qui s’est terriblement dégradée. Après plusieurs années d’absence, en pleine tourmente personnelle, Nadir tente de retrouver un semblant de tranquillité et d’échapper à la réalité de son quotidien. Il décide de se rapprocher des siens pour s’occuper de son père, mais de nombreuses zones d’ombre subsistent autour de l’état de santé du patriarche. Il se retrouve englouti dans un intérieur où tous les miroirs sont déformants, peut-être un asile pour fous, avec une famille engluée dans ses paradoxes et son aveuglement.
Une fable à la fois drôle et cruelle, sur ce qu’est devenue notre république, le peuple.

Des mondes parallèles
Il existe des mondes parallèles, tout près de chez nous, comme des poches gorgées de particules encombrantes, sans cesse irriguées par un trop plein d’incompréhension. Ces kystes urbains perçus aujourd’hui comme des prisons à ciel ouvert, des ghettos. C’est là que mes parents vivent, c’est là, entre autres, que j’ai grandi…
Lorsque nous sommes arrivés en 1987, on venait de la campagne. On ne connaissait pas la ville et l’arrivée dans ces cités a été vécue par toute la famille comme une véritable délivrance. Enfin on se sentait en sécurité, on était au chaud toute l’année, on pouvait faire les courses tous les jours, aller chez le médecin, le pharmacien.

La fin d’une époque
Nous y avons vécu plusieurs années sans problème. Mais au fur et à mesure, le chômage a fini par gangréner ces quartiers et 28 ans plus tard, les choses ont terriblement changé. Tous ceux qui ont eu la possibilité de partir l’ont fait. Aujourd’hui il y a des familles très heureuses qui s’en sortent très bien, d’autres doivent se battre au quotidien pour survivre. Enfin certains ont fait le choix de se murer dans une quête identitaire et spirituelle en se coupant du monde.
Les banlieues, les cités, les ZUP, les ZEP, les quartiers, quartiers sensibles, quartiers populaires. Ces endroits où beaucoup de fantasmes se projettent, où les peurs se cristallisent, toutes ces appellations, ces identités flottantes, qui en disent long sur la difficulté de nommer
“ la chose ”.
Nasser Djemaï

NASSER DJEMAÏ
Artiste associé au Théâtre des Quartiers d’Ivry.
Après un parcours d’acteur avec des metteurs en scène comme Joël Jouanneau, Philippe Adrien ou Alain Françon, Nasser Djemaï devient auteur et interprète de ses textes (Une étoile pour Noël ou l’ignominie de la bonté et Les vipères se parfument au jasmin). Depuis 2011, il écrit et met en scène Invisibles (autour de la mémoire des Chibanis, ces hommes originaires d’Afrique du nord) joué au Théâtre des Quartier d’Ivry en 2014, puis Immortels. Il est artiste associé à la MC2 : Grenoble.
Vertiges est son cinquième texte. Une écriture sensible et drôle qui nous plonge dans la complexité des liens familiaux.

Production : Compagnie Nasser Djemaï. Production exécutive : MC2 : Grenoble. Coproduction : MC2: Grenoble, Théâtre des Quartiers d’Ivry - Centre Dramatique National du Val-de-Marne, le Grand T théâtre de Loire-Atlantique, le Granit Scène nationale - Belfort, Maison des Arts du Léman - Thonon, Théâtre du Château Rouge - Annemasse, Théâtre du Vellein - Villefontaine, Théâtre de la Croix-Rousse – Lyon, Le Théâtre de Rungis, Les Salins scène nationale de Martigues.
Avec le soutien de : le CENTQUATRE-PARIS, la Chartreuse-CNES - Villeneuve lez Avignon, la Maison des métallos - Paris, le Théâtre 13 - Paris, Théâtre du Chevalet - Noyon, le Groupe des 20 théâtres en Ile-de-France, le Groupe des 20 Auvergne-Rhône-Alpes, les Théâtrales Charles Dullin, Théâtre Gérard Philipe de Champigny-sur-Marne,
la Caisse des Dépôts Aide à l’écriture du Centre National du Livre. Ce texte a reçu l’Aide à la création du Centre national du Théâtre. Avec le soutien du Fonds SACD Théâtre.
Résidence d’écriture : le CENTQUATRE-PARIS, la Chartreuse-CNES - Villeneuve lez Avignon
La Compagnie Nasser Djemaï est en convention triennale avec la DRAC Rhône-Alpes et la Région Rhône-Alpes. Elle est soutenue par le Conseil Général de l’Isère et la Ville de Grenoble.

CRÉATION

Durée > 1h50

texte et mise en scène Nasser Djemaï
Editions Actes-Sud-Papiers
dramaturgie
Natacha Diet
création lumière
Renaud Lagier
création sonore
Frédéric Minière
création vidéo
Claire Royægnan
scénographie
Alice Duchange
costumes
Benjamin Moreau

avec
Fatima Aibout
Clémence Azincourt
Zakariya Gouram
Martine Harmel
Lounès Tazaïrt
Issam Rachyq-Ahrad

VERTIGES

NASSER DJEMAÏ

20 FÉV > 12 MAR 2017 / Manufacture des Œillets / Le Lanterneau

Une société en pièces

(...) Vertiges nous fait entrer dans une famille « orpheline de sa propre histoire », comme l’écrit Nasser Djemaï, qui sait de quoi il parle. Né à Grenoble en 1971, il a grandi dans une maison d’ouvriers, à côté de l’usine de ciment où travaillait son père, venu d’Algérie. (...)

Entrons dans la famille de Vertiges. Le père, à la retraite et malade des poumons, rêve de finir de construire sa maison « au pays ». La mère n’y croit plus : avec le temps, toute sa vie s’est concentrée dans l’appartement du 8e étage. Leur fille Monia travaille dans des cantines. Leur fils ‐ Hakim est au chômage, malgré son diplôme d’informatique. Quant à Nadir, l’aîné, il a quitté la cité depuis longtemps. Il dirige une entreprise, il a une femme et deux petites filles qui ne voient jamais leurs grands-parents. A l’appel de sa soeur, il vient dans sa famille. Et tout éclate, entre les rires et les larmes.

Nasser Djemaï a une grande qualité : il ne démontre rien, il montre ce qui se passe, aujour d’hui, dans ce qu’il appelle « les kystes urbains ». Sa pièce touche au coeur du problème : l’identité, personnelle, sociale et nationale. Pas telles qu’on en débat, mais telles qu’on les vit au quotidien, quand on est marqué par l’exclusion et la honte. Ce pourrait être pesant, c’est drôle, juste, sensible. Nasser Djemaï, qui signe la mise en scène du spectacle, dirige les comédiens d’une manière naturelle : ils sont dans leur salon-cuisine, entre eux, dirait-on, et se laissent regarder par les spectateurs, à qui, pas un instant, ils ne donnent une leçon. On les aime d’autant plus. (...)

Brigitte Salino - LE MONDE

 

Fil de famille

(...) Après Invisibles et Immortels, qui représentaient des Algériens et des Français d’origine algérienne à deux périodes de notre histoire, Nasser Djemaï met aujourd’hui sur scène, avec Vertiges, une famille dont il dit que, « d’origine étrangère, elle est devenue française pour des raisons oubliées ». En effet, cette tribu ne sait pas très bien pourquoi elle est française ni si elle est encore algérienne. Toutes les personnes en présence ont évolué différemment. Elles sont plus ou moins occidentalisées, plus au moins attachées aux traditions du pays de leurs ancêtres. (...)

Djemaï est un auteur (et un metteur en scène) audacieux car il passe sans gêne du réalisme à l’onirisme, quitte à décontenancer le spectateur quelques secondes avant de le reprendre en main et de le conquérir par la puissance de sa vision finale. Ses acteurs, Lounès Tazaïrt, magistral dans le rôle du père, Fatima Aibout, Zakariya Gouram, Clémence Azincourt, Martine Harmel et Issam Rachyq-Ahrad sont d’une pâte humaine bouleversante.

La beauté du spectacle vient de cette qualité du jeu et de la façon dont l’auteur transcende tous les discours et toutes les positions proclamées. C’est cela, un auteur : quelqu’un qui organise l’émotion et la rodomontade des mots pour les faire éclater et aller là où le discours théorique craque face au discours sensible. Djemaï se situe bien dans ces zones secrètes.

Vertiges répond d’autant mieux aux questions posées qu’il les éclaire sans donner l’impression de les formuler.

Gilles Costaz - POLITIS

 

Vertiges, la symphonie familiale de Nasser Djemaï

Loin des clichés sur la banlieue, la dernière pièce de Nasser Djemaï parle d’une famille française issue de l’immigration, dont le fils ainé a réussi à s’en sortir grâce à l’ascenseur social. Une pièce émouvante, actuellement en tournée en France.

Nadir (Zakariya Gouram) c’est un peu le « blanc » de famille. Il a quitté la banlieue pour les beaux quartiers et même si son mariage est sur le point de capoter, il est père de deux magnifiques petites filles et dirige une entreprise. Lorsqu’il revient s’occuper pour quelques jours de son père malade (exceptionnelle interprétation de Lounès Tazaïrt), il est face à un monde qui n’est plus tout à fait le sien, face à des fantômes. C’est le choc des cultures. Son frère (Issam Rachyq-Aharad) et sa soeur (Clémence Azincourt) n’ont plus grand-chose en commun avec lui. Sa mère (magnifique Fatima Aibout) tente de tenir à bout de bras le foyer dans lequel erre une voisine (Marine Harmel). Nadir est comme un intrus dans sa propre famille.

Entre réalisme et fantastique, la vie dans cet appartement bascule. Les meubles en formica vacillent dans la scénographie d’Alice Duchange, les images vidéo de Claire Roygnan s’incrustent dans les plaies à vif. « Tu as mis le feu dans ma tête » lui lance sa mère désespérée.
Face au père qui souhaite revoir une dernière fois son pays de naissance, Nadir intransigeant déclare avec brutalité « Ce n’est plus mon pays ».

Nasser Djemaï a mis beaucoup de lui dans l’écriture de cette pièce. Il nous faire entrer en toute simplicité dans cette famille qui est un peu la sienne, dans ce quartier qui est « un grand théâtre » comme le dit le père, dans cette banlieue souvent brocardée et montrée du doigt. Il n’élude pas les tensions entre les personnages mais il met aussi beaucoup de tendresse et d’amour dans leurs relations. (...)

Stéphane Capron - SCENEWEB.FR

 

 La quête de Nasser Djemaï

(...) Dans Vertiges, Nasser Djemaï questionne une identité à partir de la fable d’une famille d’émigrés maghrébins. (...)

Comment traduire cela sur un plateau de théâtre ?
Nasser Djemaï opte pour la fable d’une pièce. A travers les membres d’une famille, il détaille avec subtilité et nuances, les facettes de son questionnement. Nadir, le fils aîné, parti depuis longtemps, revient chez ses vieux parents qui habitent dans un immeuble, où logent essentiellement des maghrébins. Quand Nadir est né, ses parents vivaient encore dans un bidonville. Nadir revient parce que son père est malade mais surtout (il ne le dit pas tout de suite) parce que son couple chavire, sa femme veut le quitter (ils ont deux enfants), peut être est-elle lasse de son goût effréné de l’ordre. Étrange retour après une très longue absence. Il découvre plus qu’il ne retrouve sa petite soeur Mina. Elle a un travail, elle rêve d’avoir un enfant mais elle est comme collée à la maison, tout comme le petit frère Hakim qui n’a guère envie de faire des formations et préfère, on le devine, fricoter avec les garçons qui, en bas de l’immeuble, traficotent.

« J’ai plus ma place là-bas »
Chaque année, le père et la mère retournent au bled où ils construisent une maison qui ne sera jamais achevée, mais ce n’est plus leur pays. « J’ai plus ma place là-bas, je suis l’étrangère. Moi ma vie c’est ici. Mes frères, mes soeurs, on pense plus pareil » dit la mère. Elle qui ne portait pas le voile le porte désormais pour aller au marché, comme cela on ne lui fait plus de réflexions. Un imam semble de plus en plus présent dans l’immeuble où les habitants restent solidaires les uns des autres, la vieille voisine du dessus, seule et veuve, vit quasiment avec la famille, ce que Nadir comprend mal. « Elle vient ici avec nous pour qu’elle voie la vie, c’est mieux », lui explique la mère. Le quartier a beaucoup changé depuis le départ de Nadir : plus de boulanger, plus de boucher, plus de tabac, alors on va se « promener » à Carrefour. Il y a encore un médecin mais le père oublie les examens qu’il doit faire, et sa femme se perd dans les pilules qu’il doit avaler. Nadir voudrait tout régenter, remettre en ordre mais ses racines le rattrapent, son frère, sa sœur s’opposent à ses diktats. « Vous vivez dans un monde parallèle, dans votre petite réalité », s’insurge Nadir contre Mina qui vient de lui dire : « Tu es un étranger. C’est toi qui es perdu. Tu ne sais pas où tu es ici ». Il en va ainsi de tous les personnages : leur identité est un noeud de complexités, de contradictions, Nasser Djemaï écrit pour chacun un monologue qui est comme leur part secrète. Belle pièce, bien jouée (Fatima Aibout, Clémence Azincourt, Zakariya Gouram, Martine Harme, Issam Rachyq-Ahrad, Lunès Taaïrt). (...)

Jean-Pierre Thibaudat  - MEDIAPART.FR

 

Les « vies minuscules » d’une cité de banlieue

(...) Les vertiges dans lesquels nous plonge le théâtre de Nasser Djemaï ne reposent pas sur des maelstroms ou des tremblements de terre. Mais sur des tranches de vie tout à fait ordinaires, si ce n’était qu’elles viennent éclairer – à travers les petites choses du quotidien – des pans de notre société habituellement laissés à l’obscurité. (...)

Le risque de ce genre de chroniques sociales est de tomber dans le folklore et les stéréotypes. C’est précisément ce qu’évite Nasser Djemaï avec cette proposition d’une grande subtilité qui creuse le sillon de l’intime pour parler d’une France souvent réduite à des fantasmes. « Je me demande si ça existe les familles normales ? », s’interroge Hakim face aux secousses et aux dissensions que fait naître le retour de Nadir. C’est la question qui traverse Vertiges de part en part, à l’occasion de situations investissant les thèmes de la différence, des conditionnements sociaux, de la quête de soi, du poids des traditions… La normalité est, à bien des égards, une idée vaine.

Cette idée, Nasser Djemaï la dépasse pour laisser s’imposer celle de légitimité. Il le fait, accompagné par des interprètes remarquables, tel un peintre pointilliste : par petites touches, sans thèses ronflantes. Ce spectacle est un geste politique qui compte. Un geste qui participe à inclure d’autres visages et d’autres trajectoires dans l’imaginaire de notre roman national.

Manuel Piolat Soleymat -  LA TERRASSE

 

 

 

VERTIGES

NASSER DJEMAÏ

20 FÉV > 12 MAR 2017 / Manufacture des Œillets / Le Lanterneau

du 11 au 28 janvier 2017 > La MC2 - Grenoble
3 février 2017 > Théâtres en Dracénie - Draguignan
7 février 2017 > Maison des Arts du Léman - Thonon
9 et 10 février 2017 > Théâtre du Château Rouge - Annemasse
16 février 2017 > Théâtre du Vellein - Villefontaine
14 et 15 mars 2017 > Granit, Scène Nationale - Belfort
18 mars 2017 > Théâtre de Vesoul
21 mars 2017 > Bâteau-Feu, Scène Nationale de Dunkerque
31 mars 2017 > La Garance, Scène Nationale de Cavaillon
du 4 au 8 avril 2017 > Théâtre de la Croix-Rousse - Lyon
11 avril 2017 > Le Sémaphore - Cébazat
27 avril 2017 > Théâtre des Salins - Martigues
6 mai 2017 > Centre Culturel des Portes de l’Essonne - Athis-Mons

VERTIGES

NASSER DJEMAÏ

20 FÉV > 12 MAR 2017 / Manufacture des Œillets / Le Lanterneau

Dimanche 26 février - RENCONTRE
avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation de Vertiges


MASTERCLASS
> Atelier d’écriture dirigé par Nasser Djemaï
auteur et metteur en scène de Vertiges
Samedi 25 et dimanche 26 février
Inscription obligatoire
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