Théâtre des Quartiers d’Ivry

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LES REINES

NORMAND CHAURETTE | ELISABETH CHAILLOUX

12 > 29 JAN 2018 / La Fabrique

ANNE WARWICK -
L’idée de régner sur cette île
M’est insupportable
Me terrorise
Est un mauvais rêve

Londres, 20 janvier 1483. Un climat d’épouvante règne sur le palais : Richard s’apprête à assassiner les enfants d’Elisabeth pendant que le roi Edouard agonise. Dans la tour, six femmes s’agitent et s’affolent, qui toutes convoitent le trône d’Angleterre.
Immortalisées par Shakespeare, ces reines, triviales et somptueuses, se réincarnent pour perpétuer toute la déraison et la cruauté de leurs exigences tragiques.

Dans les coulisses de Richard III
Arrachées au Richard III de Shakespeare et aux généalogies de la couronne anglaise, les six Reines de Normand Chaurette ont dérivé bien loin de leur source.
La reine Elisabeth, les sœurs Anne et Isabelle Warwick, la Reine Marguerite, la vieille duchesse d’York et Anne Dexter. Et la grande mécanique de l’histoire en marche. Toutes se battent pour la couronne. Sauf Anne Dexter, sœur des rois, femme inexistante, muette, les mains coupées. Immense chant d’amour à elle seule, Anne Dexter donne sens à cette fable.
Dans un monde de brume, ces femmes fantômes revivent comme un rituel ce jeudi 20 janvier, jour de la mort d’Edouard, de la mort de Georges et de la prise de pouvoir de Richard.
Comment échapper à l’histoire, comment s’évader du texte de Shakespeare ? Contre cette histoire écrite par les hommes, les Reines se battent jusqu’au bout. Une arme : la langue.
Elisabeth Chailloux

La langue des Reines
Elles sont là, nos Reines.
Immenses et pitoyables, mégères pantinisées et pietas somptueuses, dansant leur écriture tantôt comme des canards, tantôt comme des cygnes ; leur bouche crachant aussi bien crapauds et vipères que saphirs et rubis, leur souffle bancal arrimé à la langue qui les crée, inépuisables et épuisées, parlant parlant parlant, dans la glu noire du Monde et l’eau claire du Verbe.
Sophie Daull

Normand Chaurette
Né en 1954 à Montréal, il est l’auteur de plusieurs pièces de théâtre dont :
Provincetown Playhouse, juillet 1919, j’avais 19 ans - Fragment d’une lettre d’adieu lu par des Géologues - Les Reines - Le Passage de l’Indiana - Le petit Köchel - Ce qui meurt en dernier.
Ses pièces, créées à Montréal, ont été jouées à New York, Paris, Bruxelles, Florence, Barcelone et Edimbourg.
Normand Chaurette est aussi connu pour ses traductions des textes de Shakespeare.
Il est également romancier (Scènes d’enfants), nouvelliste et essayiste (Comment tuer Shakespeare).

LA DUCHESSE D’YORK -
J’ai régné dix secondes
Et j’ai vu ce que je voulais voir
Je me suis élevée
Sur le sort pitoyable du monde
Et j’ai eu le sentiment bref
De pouvoir le corriger
Dressée au point de trouver
Mon siècle minuscule

Production Théâtre des Quartiers d’Ivry, Centre Dramatique National du Val-de-Marne
Coproduction Comédie de l’Est, Centre Dramatique National d’Alsace

CREATION

Durée
> 1H45

texte
Normand Chaurette
Editions Léméac/
Acte Sud-Papiers
mise en scène
Elisabeth Chailloux
collaboration
artistique
Adel Hakim
scénographie
et lumière
Yves Collet
collaboration
lumière
Léo Garnier
costumes
Dominique Rocher
son
Philippe Miller
vidéo
Michaël Dusautoy
maquillage
Nathy Polak
marionnettes
Einat Landais
assistante à la mise en scène
Isabelle Cagnat
avec
Bénédicte Choisnet
Sophie Daull
Pauline Huruguen
Anne Le Guernec
Marion Malenfant
Laurence Roy

LES REINES

NORMAND CHAURETTE | ELISABETH CHAILLOUX

12 > 29 JAN 2018 / La Fabrique

Elisabeth Chailloux fait briller les Reines.
Pour sa dernière création à la tête du Théâtre des Quartiers d’Ivry, Élisabeth Chailloux met en scène les Reines de Normand Chaurette, une pièce sur la guerre des Roses vue par les personnages féminins. C’est passionnant et d’une rare élégance.

Dans la salle de la Fabrique de la Manufacture des Œillets, imaginée avec son compère Adel Hakim qui nous a malheureusement quittés cet été, Élisabeth Chailloux tire sa révérence à la direction du Théâtre des Quartiers d’Ivry sur un coup de maître. La Fabrique a été conçue pour permettre toutes les formes théâtrales, Élisabeth Chailloux place les six reines de la pièce au cœur d’un dispositif bi-frontal ; elle utilise aussi les coursives pour faire apparaître de temps en temps les personnages. Sur la magnifique chanson "Petite Fille Princesse" des Rita Mitsouko , les sœurs Isabelle et Anne Warwick font du roller, les deux adolescentes rêvent du trône alors que le roi Édouard est entre la vie et la mort.
L’auteur québecois Normand Chaurette a imaginé les coulisses du Richard III de Shakespeare avec uniquement des personnages féminins. Il a d’ailleurs expressément demandé à Élisabeth Chailloux de ne distribuer que des comédiennes, car dans d’autres pays certains metteurs en scène la font jouer par des hommes travestis ! C’est vrai qu’il y a tellement peu de pièces dans le répertoire pour les hommes ! Élisabeth Chailloux a réuni une distribution d’exception sans fausse note ; les six comédiennes sont excellentes (Bénédicte Choisnet en Anne Dexter, Sophie Daull en Duchesse d’York, Pauline Huruguen en Isabelle Warwick, Anne Le Guernec en Reine Elisabeth, Marion Malenfant en Anne Warwick et Laurence Roy en Reine Marguerite). Pendant toute la première partie du spectacle on s’attache d’abord à leur jeu. Leurs visages blafards et cadavériques expriment la rage et la conquête du pouvoir. Dans ce combat en coulisses elles se comportent comme de véritables tigresses, "des charognes" écrit Normand Chaurette dans ce texte corrosif qui n’est pas dénué d’humour.

La brume londonienne envahit le plateau et les coursives, image magnifique d’une scénographie épurée signée Yves Collet d’où se dégage toute la beauté des costumes de Dominique Rocher. Élisabeth Chailloux dirige cette symphonie crépusculaire machiavélique avec une subtile élégance en révélant la poésie de la langue de Normand Chaurette.
Stéphane Capron – www.sceneweb.fr


Un entêtant chœur de reines
Le texte du Québecois Normand Chaurette, 63 ans, pourra sembler mystérieux à ceux qui ne maîtrisent ni l’histoire anglaise, ni le théâtre de Shakespeare. Surgit pourtant de cette supposée nuit de janvier 1483, où le monstrueux Richard III prend le pouvoir après moult crimes, un lancinant et entêtant chœur de reines prêtes à tout pour conserver ou obtenir le trône royal… Dans une ambiance de brumes et de terreurs, elles se battent violemment, au milieu du public, à coup de mots, de verbe. Rien ne semble résister à leur lamento, qui devient symbole même du théâtre… Pour son dernier spectacle à la Manufacture des Œillets, qu’elle a superbement inaugurée et dirigée avec Adel Hakim, Elizabeth Chailloux dirige comme pour un somptueux opéra gore son sextuor de tragédiennes, toutes fascinantes dans la semi-obscurité…
Fabienne Pascaud - Télérama


Langue magnifique, portée à l’incandescence
Le projet est très intéressant et une pièce dans laquelle il y a six grands rôles de femmes, cela ne se refuse pas! Elisabeth Chailloux, une reine elle même très bon metteur en scène, directrice avec le regrette Adel Hakim de La Manufacture des Œillets, institution dont elle quittera la direction cette année, signe son dernier spectacle. Elle frappe haut. Elle a raison. Dans l’immense salle nommée "La Fabrique" (on faisait ici autrefois les petits oeillets métalliques qui consolident les ouvertures dans les tissus), elle a opté pour une vaste scénographie d’Yves Collet. Un dispositif bi frontal, avec deux volées de gradins se faisant face, sous les hautes galeries dont elle se sert beaucoup dans le développement du spectacle. Au milieu, un large couloir avec des dégagements de chaque côté. C’est un espace gigantesque éclairé par des douches de lumière d’un effet superbe qui ajoutent à la beauté monumentale.(...)

Toutes ces reines n’ont pas le même âge. II y a la très vieille duchesse d’York, incarnée de manière hallucinante par la profonde Sophie Daul! Il y a également la reine Marguerite, accrochée a sa mappemonde comme a un chariot de SDF. Laurence Roy, magnifique comédienne, est aussi inquiétante que déchirante. Elisabeth, aiguë Anne Le Guernec, couronne branlante sur la tête - Edouard agonise, rien ne la protégera - ne peut pas sauver ses enfants. Les jeunes, avides, désaxées, se déchirent. Magistrales, précises, présentes, Marion Malenfant, Anne Warwick, Pauline Huruguen, sa soeur Isabelle, Bénédicte Choisnet, Anne Dexter. Langue magnifique, portée à l’incandescence.
Armelle Heliot - Le Figaroscope


De véritables reines.

À la Manufacture des Œillets, Élisabeth Chailloux a réuni six comédiennes de haut talent. Les aînées, Sophie Daull (la Duchesse d’York), Laurence Roy (la reine Marguerite) et celle dont les fils sont menacés, Anne Le Guernec (Élisabeth). Elles sont impressionnantes.  Marion Malenfant est Anne Warwick, elle aussi sur une ligne ferme. Chaurette a introduit des figures qui ne sont pas dans Richard III. Isabelle Warwick, la sœur (Pauline Huruguen), vive et précise, et Anne Dexter, sœur des rois (Bénédicte Choisnet), profonde et déliée. De véritables reines.
Armelle Heliot - Le Figaro.fr


Six femmes dans l’ombre noire de Richard III
Voici les reines de Shakespeare. Pas toutes, celles qui rôdent dans les coulisses de Richard III. Normand Chaurette leur donne la vie que le grand Will n’a su leur donner. Elles devraient être quatre : Elisabeth, Marguerite, Anne Warwick, la duchesse. Toutes reines ou en mesure de la devenir. Deux autres femmes les rejoignent de par la grâce de l’auteur québécois : Isabelle, soeur d’Anne Warwick, et Anne Dexter, la muette que Shakespeare ne fait pas parler et qui parle ici. Dans l’obscurité d’un palais, ces six femmes se croisent et se toisent. Mères, séductrices ou cœurs solitaires, elles libèrent leurs ambitions et mettent à nu les blessures qui les dévorent et les rendent féroces ou plaintives, mais moins arrogantes que les hommes, invisibles, occupés à des conflits encore plus violents dans d’autres endroits de Londres…
Créée en France au Vieux-Colombier par la Comédie-Française dans une mise en scène de Joël Jouanneau, la pièce de Chaurette a connu un succès international. Littéraire, référentielle, elle nous paraît pourtant moins forte que les oeuvres plus personnelles de l’écrivain (Fragments d’une lettre d’adieu lu par des géologies, Le Petit Koechel). Pourtant, elle est admirablement écrite (« Nous sommes unies, vous et moi, dans l’anarchie des ombrages »). Elle nous fait trop l’effet d’un exercice, d’un jeu qui trouve ses moments de crise mais pas sa tension unique, sa tension globale. Elisabeth Chailloux cultive parfaitement l’atmosphère dans un dispositif bifrontal, où les niveaux supérieurs ont leur importance, puisque les personnages s’y promènent quand ils ne sont pas en scène, égarés ou au contraire dans l’observation de ce qui se passe en bas. Entre les spectateurs, le plateau noir, d’abord noyé dans le brouillard, s’allonge (scénographie dépouillée, d’un tragique immédiat, d’YvesCollet) et il reste quasi nu, bien que s’y promène parfois un globe terrestre. Certains personnages arrivent en patins à roulettes. On peut entendre Catherine Ringer, avant une musique plus solennelle et un peu de rock anglais. Il y a donc des anachronismes, comme pour rendre plus folles, plus oniriques ces rencontres hasardeuses. Deux enfants accompagnent la reine Marguerite sous formes de foetus mis dans des cylindres transparents : l’horreur peut être au rendez-vous, tandis que, hors de cette salle, l’odieux Richard III perpétue ses crimes.
Les six actrices, l’impétueuse Anne Le Guernec (Elisabeth), la joueuse Marion Malenfant (Anne Warwick), l’âpre Sophie Daull (la duchesse d’York), la bouleversante Laurence Roy (la reine Marguerite), la sensible Pauline Huruguen (Isabelle Warwick) et la songeuse Bénédicte Choisnet (Anne Dexter) interprètent ce noeud de conflits avec leur âge – ces querelles sont aussi générationnelles – et de tout leur tempérament, nerveux et traversé d’une cérébralité secrète. Un bel objet tragique où le théâtre éternel se joue et se rejoue avec ses archétypes et ses reflets.
Gilles Costaz - Webthéa

 

Femmes en quête de pouvoir
Toutes ces dames, ces « reines » (qui, si elles ne le sont déjà, aspirent à le devenir) sont jetées sur le long couloir qu’enserrent deux rangées de gradins (l’espace est bi-frontal) conçues par le fidèle Yves Collet qui se régale à la lumière avec ses clairs obscurs, ses ombres et pénombres dont les contours varient au gré des nuages de fumée. Les personnages, visages blafards, semblent glisser dans cet espace, et elles glissent réellement en début de spectacle avec les deux comédiennes montées sur patins à roulettes, traçant des trajectoires d’un jeu féroce qui est celui de la lutte impitoyable pour le pouvoir. Ce qu’à ce niveau réalise Élisabeth Chailloux, dont c’est là la dernière création à la Manufacture des Œillets en tant que directrice, est tout à fait remarquable, d’une tranquille précision chirurgicale. À l’évidence elle est parfaitement à l’aise dans cet espace, ayant pris la mesure du lieu, faisant intervenir ses comédiennes comme des fantômes sur des coursives qui surplombent la salle de part et d’autre. Sa direction d’acteurs, des actrices, est pas moins digne d’éloges, toujours d’une extrême finesse liée à une réelle maîtrise. Il est vrai qu’elle a eu la très heureuse idée de constituer une distribution de tout premier ordre ; il faut citer toutes ces comédiennes qui évoluent chacune dans des registres de jeu bien particuliers, mais qui, au bout du compte, donnent à l’ensemble de la représentation une véritable et forte cohérence faisant vivre un texte dense qui ne manque pas de fulgurances poétiques, et dans lequel la notion de jeu littéraire et théâtral n’est pas absente. Les six belles comédiennes – elles le sont réellement – ont pour nom Bénédicte Choisnet (Anne Dexter), Sophie Daul (la duchesse d’York), Pauline Huruguen (Isabelle Warwick), Anne Le Guernec (la Reine Élisabeth), Marion Malefant (Anne Warwick) et Laurence Roy (la Reine Marguerite). On ne peut qu’être en accord avec l’auteur qui a exigé d’Élisabeth Chailloux qu’elle distribue vraiment des femmes dans les différents rôles, la chose n’étant plus toujours de mise désormais dans différentes productions de la pièce, outre-Atlantique notamment. Et l’on est aussi tout heureux (et ému) de retrouver le nom d’Adel Hakim dans le générique du spectacle au poste de collaborateur artistique…
Jean-Pierre Han

 

La haine sans masque des Reines
Une mise en scène lumineuse d’Elisabeth Chailloux
Seul un fauteuil de bois noir trône dans un coin. Le reste du décor n’est fait que de fumées et de superbes lumières qui envoûtent les salles de la tour de Londres, où six femmes s’agitent, telles des guêpes malades, la haine à la bouche. Avec l’espoir de porter un jour la couronne d’Angleterre et le désespoir de ne plus la coiffer. Shakespeare dans plusieurs de ses pièces, n’a pas épargné les reines Elisabeth et Marguerite, d’ailleurs les six premiers vers des Reines sont de sa plume. Les sœurs Warwick, Anne et Isabelle, Anne Dexter et la vieille duchesse d’York prennent aussi la parole avec Normand Chaurette. Toutes sont ici réunies, dans un huis clos vibrant, faisant tourner vite l’histoire et le temps, pendant que les rois tuent ou agonisent et que la guerre des Deux-Roses oppose la maison de Lancaster et celle d’York.
Pour sa dernière mise en scène de codirectrice du CDN Théâtre des Quartiers d’Ivry, (patiemment créé avec le regretté Adel Hakim), Elisabeth Chailloux a voulu aller regarder dans les coulisses de ce « jeudi 2 janvier 1483 jour de l’agonie d’Edouard, du meurtre de Georges et de la prise de pouvoir de Richard », dit-elle pour préciser les choses. Tout cela par le seul prisme de ces femmes interprétées avec un brio sulfureux par Bénédicte Choisnet, Sophie Daull, Pauline Huruguen, Anne Le Guernec, Marion Malenfant, Laurence Roy.
« Seule la femme est capable de livrer une parole qui exprime le deuil. Si j’ai écrit les Reines, c’est aussi pour l’amour d’une parole qui livre une souffrance », explique Normand Chaurette. Souffrance qui s’exprime ici par la violence crue des mots, filtrés par le fiel des rancœurs La parole est essentielle. Pour chacune. Troublée seulement par quelques sonorités de cloches, le tocsin souvent, ou par quel autre éclat sonore comme un God save the queen venu d’on ne sait trop quel ciel, en douche vibrante, qui suspend quelques secondes d’un temps fiévreux.
Le dispositif scénique « frontal » crée, avec la proximité scène-salle, une complicité à plusieurs degrés. Dans une ambiance de pénombre où le spectateur s’efface pour laisser place à un complice qui n’a jamais été mêlé d’aussi près aux intrigues du pouvoir. Comme par hypnose. Non seulement ces Reines sont-elles un beau rendez-vous avec un fragment d’histoire mais elles ont aussi la majesté d’un théâtre finement brodé.
Gérald Rossi - L’Humanité



Six comédiennes en majesté
C’est faute d’avoir réussi à traduire Richard III que le dramaturge québécois Normand Chaurette a écrit Les Reines, huis-clos tragique entre ces épouses ou mères de souverains qui traversent le théâtre de Shakespeare. Sa pièce est devenue un classique, jouée il y a dix ans par la Comédie-Française.

Elisabeth Chailloux la reprend aujourd’hui dans une scénographie somptueuse qui nous transporte dans les brouillards anglais, les ténèbres des cachots et les blancs d’outre-tombe quand les fantômes des assassinés reviennent troubler la conscience des assassins.
Elles sont six à s’affronter par duels successifs autour d’une couronne et d’un trône noir qui menace toujours de se renverser : la reine Elisabeth tremble pour son mari et ses enfants ; l’ex-reine Marguerite d’Anjou ne réussit pas à s’extraire de ce nid d’intrigues ; les deux soeurs Warwick sont obsédées par le pouvoir, malgré leur jeunesse qui file en rollers ; la vieille duchesse d’York, la mère des rois n’ayant jamais régné sauf en songe pendant dix secondes et Anne Dexter, figure tragique qui paye son refus d’entrer dans la danse par la perte de ses mains et de sa voix.

Rien de changé depuis Shakespeare, qu’on soit femme ou homme, qu’on le veuille ou non, le sceptre ne cause que désastre et désolation. C’est peut-être moins l’effet de l’ambition, suggère l’auteur, que le tragique de la vie. A certains moments, la mise en scène surlonge le propos mais jamais elle n’entrave le jeu magnifique des six actrices, libres et bouleversantes en reines cruelles et sacrificielles.
Patrice Trapier - Théâtral magazine

Une langue poétique et farouche

Alors que claudique vers le trône le futur Richard III, tandis que ne finit pas d’agoniser Edouard IV, que Gloucester s’apprête à assassiner deux enfants, dans les coulisses du pouvoir vacillant six femmes, six reines, attendent. Celle qui a tout perdu, Marguerite d’Anjou, celle qui a tout à perdre, Elizabeth, celle qui n’a rien à perdre, Isabelle Warwick. Celle qui n’attend rien, Anne Dexter, celle qui attend tout, Anne Warwick. Celle qui a tout donné, la duchesse d’York. Bataille de reines pour un pouvoir, le seul qui leur est donné, le verbe. Un verbe flamboyant, acre, brûlant, lyrique, exercice de style shakespearien vite affranchi par Normand Chaurette, dramaturge québécois. Dans ce donjon brumeux, dans les coulisses d’une pièce, Richard III, qui se fait sans elles, quasi muettes mais à la parole rare et lyrique, et dont, personnages pirandelliens, elles s’extraient, elles s’affrontent. Pouvoir, ambition, rancoeurs, rivalité, haine, amour, souffrance… Il ne s’agit bientôt plus de la couronne d’Angleterre mais de leur histoire dans l’Histoire. Destin douloureux, broyées par l’ambition des hommes, contaminées par eux, elles rêvent de s’emparer du trône, revanche éclatante et illusoire. Régner, même dix secondes comme la vieille duchesse d’York, mère de rois, qui n’a jamais régnée. Toutes sauf Anne Dexter, soeur des rois, mutique et manchote d’avoir trop aimé son frère Edouard, elle "qui n’est est à la langue ce que zéro est à nos nombres". Et c’est bien cette langue poétique et farouche qui est l’enjeu réel de cette tragédie sombre, crépusculaire, et de cette mise en scène sobre et fluide. Une langue qui vous transperce comme une dague affutée pour un corps à corps, aiguisée par ces reines affolées se disputant une couronne qui leur glisse du front. Une langue qui fait tenir droite et ne jamais tomber, ne jamais renoncer ces femmes proche de vaciller. Dans une scénographie épurée, où il n’y a d’obstacle que la brume, ce plateau bifrontal est une arène où les corps s’évitent, où seul le verbe heurte, frappe, gifle, cingle et jamais ne caresse. Seule Anne Dexter, sortie de son mutisme, hurle son amour et son manque. Et c’est bouleversant et sans doute la clef de cette tragédie que ce personnage qui n’existe nulle part ailleurs que dans la pièce de Normand Chaurette… Elizabeth Chailloux, par sa mise en scène nue, sans aspérité, donne au verbe tout son poids de chair, incarné par des comédiennes embrassant, embrasant leur texte et leur rôle royalement avec une sensibilité d’écorchée, une urgence que la mort d’Edouard et le pas boiteux et heurté de Richard rôdant accélère.
Denis Sanglard - Un fauteuil pour l’orchestre


Un flot lyrique et somptueux
Partant du Richard III de Shakespeare, le dramaturge québécois Norman Chaurette a voulu donner vie aux personnages féminins de la pièce, quatre « Reines » femmes ou mères de rois. Il a ajouté deux femmes, une dont Shakespeare ne parle pas mais qui a existé, la femme d’un
frère de Richard et Édouard, l’autre la soeur des Rois, Anne Dexter, présente mais à laquelle Shakespeare ne donne jamais la parole. C’est une sorte d’exercice, des variations autour d’un thème que nous propose ce texte. Tandis que les hommes dans Richard III complotent, préparent les pires crimes, y compris l’assassinat de deux enfants que font les femmes ? Avides de conserver leur pouvoir, Reine car épouse ou mère de Roi, elles s’agitent dans ce noeud de vipères. Leur arme c’est la parole et la parole peut engendrer la terreur, peut tuer. Cécile Neuville, mère d’Édouard et Richard, qui à 99 ans n’a jamais régné, garde intacte ses haines. La Reine Elizabeth, femme d’Édouard IV, sait que Richard va assassiner ses deux fils comme il est en train d’assassiner son frère et que sa déchéance est proche. Anne Carrick, vipérine à souhait, épouse de Richard III va accéder au trône et se prépare à prendre sa revanche sur ceux qui la considéraient comme une parvenue. La Reine Marguerite, fille du Comte d’Anjou, reine d’Angleterre dont le mari a été assassiné par Édouard IV, perpétuelle exilée va et vient entre la France et l’Angleterre.
Il ne faut pas se laisser intimider par cette généalogie. Ce qui compte c’est la parole de ces femmes. Elles sont seules à s’affronter sur la scène, à se lamenter, à se délecter de leur malheur et à se réjouir des malheurs des autres. De Marguerite, Voltaire a dit qu’elle avait été "la reine, l’épouse et la mère la plus malheureuse d’Europe". Là on la voit jouir de sa souffrance, malheureuse en Angleterre comme en France. De leur parole, Normand Charrette fait un choeur d’opéra où méchanceté et larmes coulent dans un flot lyrique et somptueux.
C’est par un dispositif bifrontal qu’Elizabeth Chailloux, qui signe la mise en scène, nous invite à être au plus près d’elles pour les entendre. Dans un vaste espace nu et gris où seuls des rais de lumière tombent sur elles, où les coursives créent des espaces où elles tentent de s’échapper ou de dire leurs angoisses, on n’entend que leur parole, le bruit du vent et des pas de Richard qui rôde. L’atmosphère est angoissante. Quand le brouillard qui noyait la scène s’est dissipé, c’est la noirceur de ces monstres qui s’expriment. Les six actrices qui les incarnent leur donnent un côté vénéneux que l’on ne peut oublier. On peut citer Bénédicte Choisnet qui interprète une Anne Dexter, aux mains coupées vêtue de blanc tournant en patins à roulettes comme un fantôme et qui parvient parfois à s’échapper de la folie de sa mère qui l’a niée et réduite au silence. Marion Malenfant est une Anne Warwick, enfantine -elle n’avait que seize ans quand elle épousa Richard- mais à la perversité déjà bien assurée. Anne Le Guernec en Reine Elizabeth court désespérément, s’efforçant de protéger ses enfants tout en retardant la mort de son mari pour conserver encore un petit moment de pouvoir. Chacune se dresse quand on évoque son statut au son du God save the queen et c’est terrifiant.
Micheline Rousselet - SNES

Cette mise en scène est sans aucun doute la meilleure d’Elisabeth Chailloux
Elisabeth Chailloux a bien choisi-et on le sait : une bonne distribution, c’est déjà la moitié d’une bonne mise en scène-et elle a dirigé ses six comédiennes avec une grande précision mais sans aucune sécheresse. Ce qui est plus rare dans le théâtre contemporain… Il y a ici, à l’évidence, un jeu d’une belle unité et qui donne toute sa force au spectacle. Avec Bénédicte Choisnet (Anne Dexter), Pauline Huruguen (Isabelle Warwick), Anne Le Guernec (la Reine Élisabeth), Marion Malenfant (Anne Warwick). Et Sophie Daull (la duchesse d’York) et Laurence Roy (la Reine Marguerite)… Mention spéciale à toutes les deux, absolument magnifiques. Mais toutes ont une sacrée présence, un jeu toute en nuances et sans criaillerie aucune. Et crédibles dès qu’elles arrivent sur ce grand plateau.
Cette mise en scène est sans aucun doute la meilleure d’Elisabeth Chailloux, comparable, dans le registre shakespearien, à celles de Jean Vilar, Roger Planchon ou Antoine Vitez pour ne citer qu’eux… Rien n’est ici approximatif et tout fonctionne parfaitement pour dire la solitude et l’appétit de revanche absolue de ces femmes qui veulent aussi, comme les hommes, avoir droit au pouvoir suprême et qui sont prêtes, pour le conquérir grâce à la parole, à se battre sans concession.
La metteuse en scène a mis ici toutes les chances de son côté. Rigueur de la dramaturgie, impeccable direction d’actrices, conception et réalisation d’images tragiques d’une grande force et d’une rare beauté, parfaite maîtrise de l’espace scénique…
Philippe du Vignal - Théâtre du blog

LES REINES

NORMAND CHAURETTE | ELISABETH CHAILLOUX

12 > 29 JAN 2018 / La Fabrique

> du 6 au 9 février
La Comédie de l’Est Colmar

LES REINES

NORMAND CHAURETTE | ELISABETH CHAILLOUX

12 > 29 JAN 2018 / La Fabrique

RENCONTRE avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du dimanche 14 janvier

EXPOSITION des travaux graphiques des étudiants de l’epsaa
Les étudiants d’arts graphiques de l’EPSAA ont été invités à une nouvelle expérience ; suivre Élisabeth Chailloux, directrice et metteur en scène du Théâtre des Quartiers d’Ivry pendant sa création de la pièce de Normand Chaurette, Les Reines.
Le directeur de l’école, Jérôme Pernoud et le responsable pédagogique, Alain Bade, ont alors souhaité mettre en œuvre la diversité des possibilités de création en proposant un projet à l’ensemble de leurs étudiants. Après avoir pris connaissance du texte, les élèves ont été invités par Élisabeth Chailloux et l’équipe des relations avec les publics à venir découvrir comment naît une création, notamment lors d’une présentation de la pièce et d’une répétition ouverte.
C’est alors qu’à travers différents médium, tels que la gravure, le dessin, la photo, l’illustration ou la composition graphique, les étudiants ont restitué leur vision de cette création.
L’exposition des travaux, dans la grande halle du théâtre et la galerie de l’EPSAA, est le fruit de cette collaboration.

L’EPSAA forme de jeunes designers en création visuelle. Leur futur métier de directeur artistique leur demande la maîtrise de nombreux savoir-faire pour pouvoir plus tard diriger une création dans toutes ses composantes.

Le Théâtre des Quartiers d’Ivry, Centre Dramatique National du Val-de-Marne, est un espace de création théâtrale dédié à la découverte des écritures dramatiques contemporaines, des grandes œuvres du passé et des nouvelles écritures scéniques.

 

LES REINES

NORMAND CHAURETTE | ELISABETH CHAILLOUX

12 > 29 JAN 2018 / La Fabrique

Janvier

Date Horaire Lieu
Ve 12 20:00 La Fabrique
Sa 13 18:00 La Fabrique
Di 14 16:00 La Fabrique
Lu 15 20:00 La Fabrique
Me 17 20:00 La Fabrique
Je 18 19:00 La Fabrique
Ve 19 20:00 La Fabrique
Sa 20 18:00 La Fabrique
Di 21 16:00 La Fabrique
Lu 22 20h La Fabrique
Me 24 20:00 La Fabrique
Je 25 19:00 La Fabrique
Ve 26 20:00 La Fabrique
Sa 27 18:00 La Fabrique
Di 28 16:00 La Fabrique
Lu 29 20:00 La Fabrique

Dossier du spectacle

Revue de presse