Théâtre des Quartiers d’Ivry

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LES FEMMES SAVANTES

MOLIERE | ELISABETH CHAILLOUX

18 > 30 AVR 2017 / Manufacture des Œillets / La Fabrique

PHILAMINTE - “ Car enfin je me sens d’un étrange dépit
Du tort que l’on nous fait du côté de l’esprit,
Et je veux nous venger toutes autant que nous sommes,
De cette indigne classe où nous rangent les hommes,
De borner nos talents à des futilités,
Et nous fermer la porte aux sublimes clartés.”

La langue comme champ de bataille
Dans la maison de Chrysale, grand bourgeois parisien, les femmes ont pris le pouvoir. Sa femme, sa sœur, sa fille ainée sont folles de philosophie, de science, de poésie. Elles veulent se libérer du rôle que les hommes leur ont assigné : faire des enfants, s’occuper du ménage. L’ordre familial est bouleversé.

Pièce féministe ? Pièce réactionnaire ?
Molière, homme du XVIIème siècle, aborde dans son œuvre la question de l’éducation des femmes, qui ébranle la famille et la société. Dans Les Femmes savantes, ce n’est pas le droit à l’instruction des femmes qu’il assassine mais le pédantisme, l’hypocrisie, le snobisme et surtout l’imposture. Car Trissotin est un imposteur, un escroc intellectuel, imposteur comme Tartuffe le faux dévot...

Dans cette comédie pure et dure, écrite dans la plus belle des langues, les “ intellos ”, hommes et femmes en prennent pour leur grade. Mais aussi le discours passéiste des hommes, leur “ dictionnaire des idées reçues ”.
Et la comédie a pour sujet la langue elle-même. Comment doit-on parler ? Comment doit-on écrire ?
Militantes de la grammaire, les femmes savantes visent l’exercice du pouvoir. Car le langage est outil de pouvoir : pouvoir d’exclure, pouvoir de séduire. Bien parler, c’est dominer, et c’est le privilège d’une caste, celle des savants, des lettrés dans laquelle elles rêvent d’être admises et reconnues.

Un film de Godard en alexandrins
L’univers esthétique : la fin des années 60, au moment où de nouvelles revendications féministes voient le jour. Quand des questions comme
“ Qui fait la cuisine ? ”, “ Qui s’occupe des enfants ? ”, “ Qui a le temps de lire ? ” deviennent des questions politiques. C’est ainsi que nous réinventons la maison de Chrysale.    
Elisabeth Chailloux

Production Théâtre des Quartiers d’Ivry, Centre Dramatique National du Val-de-Marne. Co-production Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine

Durée > 2h10

mise en scène
Elisabeth Chailloux
scénographie
et lumière
Yves Collet
costumes
Dominique Rocher
son
Madame Miniature
maquillages
Nathy Polak
assistant lumière
Léo Garnier
assistant à la mise en scène
Pablo Dubott
assistant décor
Franck Lagaroge

avec
Anthony Audoux
Bénédicte Choisnet
Etienne Coquereau
Jean-Charles Delaume

Camille Grandville
Florent Guyot
Pauline Huruguen
François Lequesne
Catherine Morlot
Lison Pennec

LES FEMMES SAVANTES

MOLIERE | ELISABETH CHAILLOUX

18 > 30 AVR 2017 / Manufacture des Œillets / La Fabrique

C’est la montée en puissance du verbe comme arme sociale et politique que font rayonner les acteurs au jeu clair et piquant
II est de grandes pièces du répertoire qui réapparaissent parfois simultanément, dans des mises en scène singulières. Collent-elles soudain aux interrogations du temps. Plus rares d’ordinaire, ces Femmes savantes que deux femmes, justement, et de la même génération, mettent brillamment en scène aujourd’hui. Parce qu’elles s’y reconnaissent ? Et leur problématique face au savoir, à la culture si traditionnellement occupés par les hommes. On vient de découvrir comment Elisabeth Chailloux s’est finement attaquée à cette avant dernière comédie de Molière (1672) une des plus parfaites stylistiquement, poétiquement, et des plus sombres socialement et conjugalement parlant. Toutes deux I’ont adaptée dans les années 1960 de leur adolescence, quand soufflait le vent de l’émancipation féminine et de l’assouvissement de tous les désirs. Car ne sont ce pas les mêmes souhaits qui agitent le trio Philaminte-Armande-Belise, soit la mère, la fille, la belle sœur/ tante d’une famille bourgeoise dévastée par les conflits intimes la démission du mari et père, l’omnipotence, I’égoïsme de la mère. De quoi laisser s’engouffrer dans cette faille un pique assiette arriviste, I’autoproclamé poète Trissotin, réincarnation de Tartuffe et qui espère entrer dans la riche maisonnée en en épousant une des deux rentières. Soit la plus délurée et sexy Henriette, à l’opposéde sa soeur Armande obsédée de grammaire...Comme sa mère et sa tante, celle-ci n’aspire qu’au savoir pour maîtriser son existence, acquérir son autonomie. Et Trissotin joue de ces ambitions-là, lui qui manipule à merveille le langage. C’est le pouvoir même de ce langage que met avec maestria Elisabeth Chailloux au coeur du décor épuré. Qui fleure le vaudeville bourgeois avec son lit en fond de scène, ses portes. Qui suggère étrangement aussi le cinéma de la Nouvelle Vague dans sa modernité tranquille. Plus que I’injuste satire de femmes éprises de plaisirs intellectuels, c’est la montée en puissance du verbe comme arme sociale et politique que font rayonner les acteurs au jeu clair et piquant. De Camille Grandville à Florent Guyot, de François Lequesne à Catherine Morlot, ils font danser, swinguer le texte
TELERAMA - Fabienne Pascaud

Direction d’acteurs incisive et subtile
Elisabeth Chailloux s’attaque brillamment à l’avant dernière comédie de Molière (1672), en l’adaptant dans les années 60...Molière y fustige moins les femmes avides de savoir que la désagrégation de la famille bourgeoise où plus personne ne sait trouver son rôle, son identité, des parents aux enfants, des hommes aux femmes. Rien de mieux que l’après guerre donc, où la société française dut se réinventer, pour situer cette histoire de discorde familiale sur fond de prise de langage par les femmes. Car le meilleur usage de la grammaire auquel elles aspirent, c’est forcément, très vite, la prise de pouvoir. Molière en visionnaire fait le lien : le langage comme signe d’autorité et de distinction sociale. Direction d’acteurs incisive et subtile on savoure au mieux la comédie infiniment riche sur la solitude conjugale aussi, dans ces décors façon vaudeville...
TELERAMA SORTIR - Fabienne Pascaud

Les Femmes savantes au pays des Yéyés!
Elisabeth Chailloux ouvre l’année théâtrale 2016 avec une nouvelle version des Femmes savantes de Molière dont l’action se situe dans les années 60.
Ici Henriette écoute sur son mange disque portatif Sylvie Vartan et chante à tue tête « Je suis la plus belle pour aller danser » en pensant à son amoureux Clitandre. La première scène de l’acte I, essentielle, montre l’opposition entre les deux sœurs, Henriette l’insouciante amoureuse face à Armande, la jalouse qui s’est concentrée sur ses études et sur les lettres.
Tout est limpide dans la mise en scène d’Elisabeth Chailloux. C’est sa grande force (…).
Certaines scènes prennent ainsi plus d’importance comme la passe d’armes entre Clitandre et Trissotin.(…)
Bénédicte Choisnet est littéralement virevoltante.Tout comme sa mère Philaminte incarnée par Camille Grandville, bourgeoise hypnotisée qui tombe en pâmoison devant ce vantard de Trissotin.
La mise en scène regorge de petites trouvailles pétillantes, comme lorsque Philaminte et sa belle-soeur Bélise dévoilent un tableau noir de 10 mots de la langue française à bannir car ils sont considérés comme outranciers: confesse, rapine, toupet, recul… C’est un petit moment de bonheur.
SCENEWEB - Stéphane Capron

Un Molière très dépouillé et joliment transposé
Elisabeth Chailloux signe une mise en scène des Femmes savantes allégée, comme qui dirait aérienne.
La directrice (avec Adel Hakim) du CDN Théâtre des Quartiers d’Ivry a délibérement choisi l’épure et la simplicité.
Le centre du plateau et nu, délimité par un cadre de peinture orange, qui peut symboliser un ring, un court de tennis, un terrain d’évolution...un lieu de forces et d’affrontements pour cette famille qui se paye de belles colères.
Quelques airs yéyés s’échappent d’un mange disque. Henriette (Bénédicte Choisnet) se laisse ainsi bercer par Sylvie Vartan sur l’air de La plus belle pour aller danser. Loin de Molière? Pas tant que ça. La demoiselle se démène pour conserver le cœur de Cliatandre (Anthony Audoux), indifférente aux préoccupations de sa sœur Armande (Pauline Huruguen), de Philaminte (Camille Granville), leur mère, et de la tante Bélise (Catherine Morlot) qui se pâment devant les piètres poésies de l’escroc Trissotin (Florent Guyot) jusqu’à ce qu’il soit demasqué. A la même heure, le père (Chrysale, François Lequesne), jusqu’à là mollasson effrayé par une épouse enfiévrée, ramène un peu de sérénité et de bon sens à la maison où le goût des sciences et des lettres, fût-il partagé par des femmes qui revendiquent de s’émanciper du fourneau et du placard à balais, avait quand même pris de sombre chemins.
Lesquels pur Elisabeth Chailloux sont aussi parsemés d’humour.
L’HUMANITE - Gérald Rossi

On a adoré ces Femmes savantes

En choisissant de transporter Les Femmes savantes à la fin des années 1960, Elisabeth Chailloux tisse un adroit et pertinent parallèle entre la préciosité du XVIIe siècle et le mouvement d’émancipation des femmes du XXe siècle. Car s’il est évident que Molière pique avec un plaisir gourmand la pédanterie de ses savantes, il critique surtout les excès, quels qu’ils soient, et ridiculise à outrance le snobisme intellectuel, mettant en lumière des femmes qui accèdent à l’éducation et tentent de prendre le pouvoir sur leur condition. Sur le plateau, le plaisir est indéniablement de la partie. La metteuse en scène nous régale par la lecture de sa pièce et l’humour qu’elle a su y distiller, sans jamais tomber dans la caricature. On rit beaucoup de voir Henriette se déhancher sur « La plus belle pour aller danser » de Sylvie Vartan et notre coeur se serre un peu pour la pauvre Armande qui pleure son amour pour Clitandre sur l’incontournable « Bang Bang ». La réussite du spectacle tient aussi beaucoup à la direction d’acteurs et au talent des interprètes réunis. A l’unisson et dans un jubilatoire esprit de troupe, les dix comédiens enluminent des personnages transpirant de grotesque et de touchante humanité. Camille Grandville rafle la mise dans le rôle de Philaminte. Le trio qu’elle forme avec Catherine Morlot (Bélise) et Pauline Huruguen (Armande) vaut le détour. Bénédicte Choisnet (Henriette) joue de ses charmes. Et ces messieurs ne sont pas en reste, mention spéciale à François Lequesne (Chrysale) et Florent Guyot (Trissotin)… On a adoré ces « Femmes savantes » !
PARISCOPE - Dimitri Denorme

Scènes de la vie bourgeoise
Les artistes femmes aiment bien se colleter aux Femmes savantes, alors même que la pièce semble bel et bien s’en prendre méchamment aux bourgeoises et aux filles de famille qui ne veulent pas prendre la place de l’épouse obéissante dans le mariage et tiennent à s’emparer de la culture réservée aux hommes. Elisabeth Chailloux se montre  proche de Molière, en laissant au texte sa misogynie relative et partielle. Car elle donne à la satire sa force de mise en cause généralisée des conventions sociales.
Le premier plaisir que s’accorde le metteur en scène, c’est de changer d’époque. Nous voici dans les années 60 et 70. Le rock à Billy arrive, on chante aussi bien Leny Escudero (Pour une amourette) que Bang Bang de Nancy Sinatra. Les femmes « s’éclatent » par le rock, pour les plus jeunes, et par le maniement des mots et des notions pour celles qui sont dans la vie active - Philaminte et Armande tapent à la machine. Ce traitement est tout à fait joyeux.
Elisabeth Chailloux évite de trop s’appuyer sur le rock pour donner du rythme. Elle laisse à la comédie bourgeoise le temps de se développer dans ses contradictions et ses oppositions larvées ou musclées. Il y a beaucoup d’idées, de gags comme ce tableau noir où apparaissent les mots à bannir parce qu’ils contiennent des syllabes inconvenantes ! (…)
Notre rire est constant, qui n’est pas sec, méchant, mais, au contraire, bienveillant, indulgent, familial, familier. La scénographie d’Yves Collet sert parfaitement le propos : elle donne à voir les différents lieux de la maison bourgeoise, avec différents plans et des rideaux translucides. C’est une belle mise en place géométrique et plastique qui, au passage, se moque de ces braves gens empesés, avec leurs chaises toujours en ligne droite!
Camille Grandville est une Philaminte de haut vol, qui tourne le dos à la tradition : elle joue une femme du peuple jouant les mondaines sans jamais être ce qu’elle voudrait être et en restant la plébéienne touchante qu’elle est. Bénédicte Choisnet (Henriette) et Pauline Huruguen (Armande) ont une énergie bien calculée et deux caractères subtilement opposés. Lison Pennec crée joliment une domestique différente des habituelles servantes de Molière, gouailleuse, prolétaire. Anthony Audoux illustre bien la jeunesse amoureuse. Florent Guyot et Philipe Cherdel savent être aussi bien des canailles que François Lequesne et Etienne Coquereau de bons bourgeois. Catherine Morlot donne de l’élégance aux ridicules de Bélise la coquette hors d’âge. Ce qui est beau, c’est que les personnages de Molière nous parlent plus que son message explicite. On s’en fiche de la morale, on ne l’écoute pas. On rit, en aimant également les hommes et les femmes de la pièce.
WEBTHEATRE - Gilles Costaz

Molière défend avec panache la condition féminine
«Ce soir, je serai la plus belle pour aller danser, danser, pour mieux évincer toutes celles que tu as aimées, aimées… », les paroles chantées par Sylvie Vartan vibrent dans l’air, à la fois mélancolique et tonique, d’un plateau/terrain de jeu imaginé par Yves Collet pour ces Femmes Savantes auxquelles Elisabeth Chailloux donne un coup de jeune, en la transposant dans les années 60.
Henriette, réédition ludique d’une Marylin Monroe en herbe, aime plaire, en jupe virevoltante, pull moulant et rouge à lèvres glamour, et se place du côté du bon sens paternel (My heart belongs to Daddy). À ses côtés, différente mais élégante aussi, sa sœur Armande (Pauline Huruguen), proche de sa mère pour ses exigences intellectuelles, revêt l’allure seyante mais plus froide et coincée d’une Simone de Beauvoir rajeunie.
Elle s’oppose à toute complaisance envers les hommes et nourrit des théories féministes hostiles au mariage  mais n’en pince pas moins (en secret) pour le jeune Clitandre (Anthony Audoux) qui, las de soupirer depuis deux ans, s’est tourné vers sa sœur Henriette, un amour payé en retour…. À travers les jeux décalés d’époque et d’ambiance, s’installe ici une distance saine et facétieuse par rapport au thème traité : non l’attrait féminin «inattendu» pour les sciences et la sagesse philosophique ou la question légitime du droit des femmes à l’instruction, mais le pédantisme, l’hypocrisie, le snobisme et l’imposture, qu’ils soient féminins ou masculins.
Elisabeth Chailloux fait chanter en sourdine les notes amusées d’une comédie musicale, avec la fringante Philaminte (Camille Grandville) en personnage comique de boulevard, et Bélise (Catherine Morlot), belle-sœur nymphomane, joueuse et ridicule. Trissotin, figure trouble de gangster de film noir, rappellerait lui Fred Astaire pour ses extravagances chorégraphiques. Tout le monde s’amuse et personne n’est dupe, jusqu’à Martine (Lison Pennec), la servante, qui ne s’en laisse pas conter.
Au-delà du divertissement, la pièce donne à réfléchir : l’idéal de la femme sensible et réfléchie serait pour nous, non le personnage d’Henriette, femme-objet mais plutôt une étudiante d’aujourd’hui comme Armande, qui attend un épanouissement imminent et n’a pas encore fait l’épreuve d’une existence pleine.
Comme on le voit ici, Molière défend avec panache la condition féminine, quelle qu’elle soit.
THEATRE DU BLOG - Véronique Hotte

L’hymen ou la philosophie ?
Au Théâtre des Quartiers d’Ivry, Les femmes savantes de Molière lancent l’année théâtrale 2016 avec une mise en scène d’Elisabeth Chailloux, qui place l’action dans les années 60 et entend transformer la maison de Chrysale en fief de revendications féministes. Les femmes savantes, une comédie féministe ou misogyne ?
C’est avec Henriette qui danse et chante sur « La plus belle pour aller danser » de Sylvie Vartan que la pièce commence, dévoilant un plateau relativement vide, seulement occupé par une série de chaises et deux tables rangées sur les côtés. En fond de ce praticable laissé vide : deux portes rouges dont l’une posée dans le vide qui sert le comique de certaines scènes et dynamise les enchaînements. Aussi, l’une des particularités du décor est d’avoir créé tout autour d’un plateau central où se tient toujours l’action principale, des pièces seulement fermées par du tulle noir. Toutes ces pièces à la fois visibles et fermées servent le texte et ses quiproquos en permettant des scènes muettes parallèlement à l’action principale. Dans ce décor coloré où juste le nécessaire est présent, les acteurs évoluent habillés à la mode des années 60, à l’exception du notaire qui à l’aube du dénouement fait son entrée en costume du XVIIe. Elisabeth Chailloux a voulu reproduire un univers esthétique qui replace la pièce de Molière dans le contexte de l’émancipation féminine des sixties, aussi bien par les costumes et le décor que la musique.
Dans cette maison, Chrysale, se désole de voir sa femme Philaminte, admirablement incarnée par Camille Grandville, sa belle-sœur Bélise et sa fille Armande, subjuguées par Trissotin, un faux intellectuel. Aussi, Chrysale se désole de voir les femmes de sa maison délaisser la couture et les fourneaux pour la lecture et décide de tenir tête à sa femme. Si Chrysale fait partie de ces hommes qui préfèrent une femme qui sait mieux éplucher les légumes qu’user le verbe, Elisabeth Chailloux elle, prend le parti de nous montrer un homme hésitant, soumis et incertain. La metteuse en scène se joue donc du texte en proposant de montrer les hommes et les femmes sur un pied d’égalité. Le résultat est assez réussi dans la mesure où le fait de faire rire en faisant se comporter les hommes comme des femmes rappelle à quel point l’inverse ne nous choque malheureusement plus. (…)
On ne se lasse pas d’entendre les vers de Molière et la mise en scène est pertinente. Pour autant, est-elle féministe ? Certes on garde en tête l’image de femmes soucieuses de la grammaire et éduquées face à des hommes ne pouvant défendre leur supériorité, n’en demeure pas moins qu’entre hymen et philosophie, « quoiqu’on dise » le dénouement lui, célèbre l’hymen.
THEATRE-ACTU - Marianne Guernet-Mouton

Les Femmes savantes, bourgeoises années 60.
Le spectacle d’Elisabeth Chailloux ne change pas les perspectives, alors que d’autres metteurs en scène ont tenté de prouver que Molière était féministe malgré les apparences. Il joue plaisamment des échos que peuvent avoir des périodes opposés par deux bons siècles d’écart. Et il joue à plein la comédie de la bourgeoisie, avec ses moments de farce. Dans un décor très architectural aux plans multiples d’Yves Collet, c’est fait avec une telle drôlerie qu’on en oublie que Molière est, quand même, un fieffé réactionnaire vis-à-vis du sexe féminin. Camille Grandville est une Philaminte à la fois mégère et intello qui déclenche l’hilarité. Autour d’elle, Bénédicte Choisnet, Pauline Huruguen, Lison Pennec, Florent Guyot, Catherine Morlot, Anthony Audoux, François Lequesne, sont dans cette même note sociale et comique. Ce bon vieux pamphlet retrouve une merveilleuse fraîcheur.
THEATRAL MAGAZINE - Gilles Costaz

Luttes familiales
Ce dont Molière se moque c’est de la folie des femmes qui se laissent abuser par des pédants qui les trompent avec de grands mots. Quant aux hommes Molière se moque allègrement de leur lâcheté qui les fait tout accepter pour avoir la paix. Derrière ces luttes familiales, ce qui est en jeu c’est la question du pouvoir, dont le langage est un instrument essentiel. (…)
Elizabeth Chailloux a mis en scène avec finesse ces femmes savantes. C’est une comédie, ce n’est pas une farce. Le décor est intemporel - seul un lustre renvoie à un temps plus ancien - et réduit à quelques chaises, une table avec des livres, une machine à écrire, une lunette en haut d’un escalier. Un grand lit derrière un rideau transparent rappelle que c’est aussi du corps qu’il est question dans la pièce de Molière, un corps qu’Armande veut mettre à distance. Elle reproche à Clitandre de ne pouvoir aimer que de façon grossière avec le corps, alors qu’on ne devrait s’attacher qu’à l’esprit.
Les acteurs sont tous excellents et dans leur bouche les alexandrins coulent aisément et se font très bien entendre. Camille Grandville campe une Philaminte déterminée, obstinée dans ses choix, qui finit par se rendre à l’évidence. Bénédicte Choisnet, avec sa petite robe rouge évasée et ses chaussures à talons blancs, campe une Henriette coquette, amoureuse, capable de prendre l’air d’une idiote mâchant son chewing-gum pour échapper aux projets de sa mère. Florent Guyot glisse et se pavane en Trissotin. François Lequesne incarne un Chrysale qui lève le menton pour montrer qu’il est le chef mais se défile le moment venu. Il faut aussi saluer la performance de Pauline Huruguen qui révèle toutes les contradictions d’Armande, tiraillée entre son désir d’épouser la philosophie, comme sa mère, et son amour pour Clitandre, qui veut négliger les élans du cœur mais jalouse sa sœur qui l’a détrônée dans le cœur de ce dernier. Il y a tous les regrets dans le final qui la laisse hors du cercle formé par le reste de la famille et c’est très émouvant.
LE SNES - Micheline Rousselet

"Les femmes savantes" font gronder la révolte au Théâtre des Quartiers d’Ivry !

Le chaos règne dans la maison de Chrysale, un chaos tout féminin, virevoltant et affriolant. Les femmes de la maison ont pris le pouvoir et comptent bien révolutionner la société, à commencer par les murs de leur demeure bourgeoise. Elles veulent apprendre, développer leur culture, savoir le grec, le latin et autres disciplines qui leur permettront de s’extraire de leur condition de femmes au foyer à laquelle on les avait jusque là assignées. Dans leur soif de savoir elles sont des proies toutes trouvées pour Trissotin, profiteur notoire de naïveté en tous genres. Celui-ci rôde dans la maison, en assénant à qui veut les entendre des vers de mirliton, espérant bien au passage grappiller un mariage avec la jolie Henriette et une dot conséquente. Mais les hommes du ménage pourraient bien se réveiller…
Tandis que le débat fait souvent rage autour de la misogynie du texte, force est de constater que cette pièce, qu’elle soit volontairement réactionnaire ou involontairement féministe, est avant tout un excellent drame bourgeois, une suite d’enchaînements rocambolesques où l’on rit avec entrain de l’éclatement de la cellule familiale si proprette. Si Molière se moque en effet allègrement des femmes il n’en oublie pas pour autant d’égratigner au passage le passéisme des hommes, le snobisme intellectuel et comme souvent l’imposture. Dans la mise en scène d’Elisabeth Chailloux l’on conserve la multiplicité des interprétations possibles quand à la démarche de Molière avec cette pièce, on ne tranche pas mais l’on respecte à la lettre l’essence de la pièce. Le résultat est à la hauteur, la direction d’acteur au cordeau fait entendre toute la beauté de la langue, les costumes et la création sonore dynamisent l’ensemble pour un rendu des plus divertissants. La scénographie nous entraine vers la fin des années 60, sur un air de Françoise Hardy les jupes tournent, les femmes se révoltent et avec elles la société commence sa mutation. Au sein d’une très belle distribution soulignons le charme pétillant de Bénédicte Choisnet dans le rôle d’Henriette; les autres acteurs ne sont cependant pas en reste et font incontestablement de ce spectacle une réussite !
THEATRE.COM - Audrey Jean

Sombre drôlerie et gravité légère
Elisabeth Chailloux met en scène cette comédie multiface, nous en suggérant toute la sombre drôlerie et la gravité légère. (…)
Sans doute la grande réussite de ce spectacle au ton décalé et subtilement réaliste - mis en scène de façon moderne et espiègle - est d’exposer avec beaucoup humour à la fois la variété des caractères et les contradictions des personnages pris dans des situations improbables. Exaltées et superficielles, Philaminte, Armande et Bélise sont confrontées à des personnages plus humains aux prétentions simples et réalistes (Henriette, Clitandre). Un peu à part Trissotin fait figure de grand manipulateur. Par l’emphase  de son discours, il pourrait faire songer à un téléévangéliste, à un publicitaire ou à un animateur de télé à la mode. Chrysale est un mari et un père mou dont la conscience malheureuse se réveillera progressivement.
Particulièrement bien rodé, le spectacle évolue dans un environnement léger et suranné à la Labiche. Le langage codé et intégriste des femmes savantes sert autant à séduire qu’à exclure. « Bien parler, c’est dominer, et c’est le privilège d’une caste, celle des savants, des poètes, des lettrés dans laquelle elles rêvent [les femmes savantes] d’être admises et reconnues », note Elisabeth Chailloux à propos du contexte de la pièce. Plus de trois siècles après sa création, cette comédie très vivante aborde des thèmes toujours actuels : éducation, snobisme, arrivisme, imposture, désir, rivalité… Par son ton décalé et le jeu inventif des comédiens, ce spectacle se révèle au final très persuasif !
BLOG DE PHACO

Entre comédie de moeurs et comédie de caractères
Elisabeth Chailloux dirige avec discernement les comédiens pour la déclamation des alexandrins, exercice qui même s’il n’est pas diligenté de manière homogène, permet une bonne compréhension d’un texte comportant de brillantes et antithétiques joutes oratoires dont la qualité ravit toujours à l’écoute.
Force également est de constater qu’elle a opté pour une mise en scène qui évite le registre de la farce caricaturale avec numéros d’acteur et verse plutôt dans un entre-deux entre la comédie de moeurs et la comédie de caractères afin de dépasser la dimension archétypale des personnages et signifier tant leur humanité que leurs contradictions.
Ainsi, Trissotin finement campé par Florent Guyot n’est pas, malgré ses ronds de jambe tant posturaux que littéraires, qu’un gandin coureur de dot et un pédant se produisant devant un mince auditoire de pécores qui se pâment devant ses vers de mirliton, mais également un homme déçu de ne pas voir son mérite reconnu et humilié par son homologue (Philippe Cherdel).
De même pour la fille aînée interprétée par Pauline Huruguen, tiraillée entre le dépit amoureux, l’asexualité, le dégoût du mariage et ses aspirations intellectuelles, qui fera les frais du retour à l’ordre de la maisonnée après les assauts de la ligue du "bon sens" composée de son père, bonhomme et effacé, archétype moliéresque du barbon en quête de sa seule quiétude et des plaisirs organiques, belle composition de François Lequesne, de son oncle (Etienne Coquereau) et de la servante (Lison Pennec) qui ne renie pas ses origines.
Les futurs époux, (Anthony Audoux et Bénédicte Choisnet), reproduisent le couple parental, lui dévoué, elle, déterminée et Catherine Morlot compose une hilarante et crédible excentrique.
Quant à Camille Grandville, pétulante et instillant dans son jeu une bienvenue note de théâtre de boulevard, elle négocie parfaitement le rôle de la "reine-mère" dont le noble génie n’a pas vaqué toujours à la philosophie et qui mène la danse avant de retrouver le chemin de la raison qui mène au conventionnel heureux dénouement.
FROGGYS DELIGHT - MM

Un admirable travail de troupe
Un des premiers éléments qu’il convient ici de souligner, c’est la géniale interprétation de tous les comédiens. Il est important de souligner cette virtuosité du jeu qui emporte le spectateur à chaque moment, sans aucune sorte de « faiblesse » tout au long de la pièce. La réflexion dramaturgique est aussi finement élaborée, mais elle ne serait rien sans l’éblouissement que provoque chaque comédien, dans la maîtrise de son jeu et de son geste. Il s’agit là d’une véritable machine comique.
Cette pièce de Molière est travaillée dans le vif, et la metteuse en scène opère une réactualisation des personnages, ancrés dans une modernité proche des années 60, où la société dans son ensemble se renouvelle et notamment dans le rôle et le sens de l’engagement de la femme dans tous les ordres de la société, à se décharger de la tutelle masculine.
Le spectacle revêt cette pesante légèreté, celle d’une libération progressive des mœurs dont les deux jeunes femmes de la pièce Armande et Henriette incarnent l’expression unanime. En effet, le personnage d’Henriette est travaillé de manière à figurer l’insouciance avec un brin de vulgaire, tandis que son aînée Armande est la porteuse de sa propre combustion et en réalité en proie à un chagrin qu’elle emploie à cacher par des remontrances ou des diatribes très fortes contre ses « persécuteurs ».
L’intérêt de ce travail scénique, c’est que le sentiment d’abandon ressenti par Armande innerve la pièce, donnant ainsi à la comédie de Molière, les relents d’un infra-drame amoureux. L’isolement d’Armande de la vie « conjugale » est marqué par l’incarnation d’une mélancolie offerte au public au cours d’intermèdes chantés, accompagnés des pincements d’une mandoline. Le personnage existe bien à rebours des autres personnages, victime de son propre aveuglement et de sa vaine jalousie. En plus d’être une médisante comme Molière semble la décrire, la metteuse en scène semble ajouter à sa transparence quelque chose qui serait comme une piteuse alacrité, une inconsolable réjouissance d’être au-delà des choses du mariage, mais d’être seule jusqu’à cette extrémité.
Ainsi l’intérieur épuré d’une maison est bien évoqué avec un secrétaire, une chambre, une bibliothèque, l’évocation du télescope de Bélise qui irrite tant Chrysale, ainsi que pour le terre-plein central, l’évocation d’un salon par la présence de chaises et d’une table ou s’empilent des livres.
L’espace central est pensé comme un lieu de joute, un lieu de conflit, où le véritable savoir, celui de la sagesse, devra prendre le pas sur celui de la « pédanterie ». Enfin, l’entrée ou la sortie des personnages s’opèrent par deux portes rouges qui sont suspendues dans l’espace.
Le rire éclate partout, à chaque instant, puisque la metteuse en scène a choisi de montrer les personnages comme des corps, et pas simplement des caractères, et c’est là ce qui rend grandiose le déroulement du spectacle. Molière choisit de s’attaquer à ce qui outrage la pensée de l’art même. En cela, la figure de Trissotin est admirablement bien rendue, il n’est pas l’incarnation exagérée d’une pédanterie, il devient dans ce spectacle une sorte d’être affable et espiègle, faussement drôle et piteusement lourdeau.
La place des livres dans la mise en scène est aussi particulièrement sujet à vindicte, ils essaiment la scène mais ils ne sont pas lus, ils deviennent même par instant des projectiles, des objets que l’on jette pour signifier son mécontentement.
Bélise devient le jouet de ses propres fantasmes. Quant à la figure d’Armande, son changement et son passage d’un refus des choses du corps à l’expression du don corporel à Clitandre auquel elle s’offre toute entière, s’accomplit dans un tourbillon de pensée admirablement bien orchestré dans la direction d’acteurs.
Ce qui devrait être l’aveu d’une faiblesse, l’amour, s’exprime sous la forme d’une contrainte et d’un sacrifice ; elle incarne en plus de l’innocence et d’une cruauté candide, une figure rhapsodique du drame, car le vrai drame se joue en elle, et on remarque dans ses répliques et dans l’interprétation de la comédienne, la naissance à l’amour de cette jeune femme, et c’est peut-être cela le plus touchant, mais aussi le plus triste, car cet amour naissant est aussitôt voué à la disparition.
Élisabeth Chailloux dévoile avec sa mise en scène de la pièce de Molière, un admirable travail de troupe, d’écoute et d’échange jouissif entre les comédiens qu’il est si rare de percevoir à un si haut degré d’intensité et de perfection. La metteuse en scène fait figure d’esthète et épure toute la préciosité qui caractérise les personnages de la fable en insufflant à leur interprétation la magie toujours renouvelée du théâtre, magique parce qu’il efface les limites du temps et de l’histoire, magique encore par son nécessaire accomplissement sur la scène, pour notre pur plaisir de contemplation.
L’ALCHIMIE DU VERBE

Un rire doux-amer
Ridicules et savantes, ou plutôt parce que savantes? Faciles à abuser surtout, au-delà de leurs tentatives énergiques pour conquérir un pouvoir que leur déniait la société éminemment masculine de leur temps. Tel était le propos de Molière quand il s’acharnait en 1672 sur ces cibles féminines. La force de la charge ne s’est pas vraiment amoindrie, simplement déplacée, dans la relecture qu’en fait Elisabeth Chailloux en transposant l’univers de ces « Femmes savantes » dans le contexte des années 1960.
Henriette se prend pour Sylvie Vartan, sa sœur Armande joue les intellectuelles binoclardes et boudeuses, Philaminte, leur mère, tape à la machine les grandes articulations de son combat libérateur. Quant à Bélise, la tante à l’esprit fêlé, sa tenue court - vêtue ne change rien à sa réjouissante nymphomanie.
Chrysale, pleutre matamore et sans envergure, est toujours aussi inféodé à l’autorité de sa femme, malgré les incitations de son frère Ariste à faire enfin preuve d’élément aire dignité conjugale. Martine passe l’aspirateur en marmonnant contre la grammaire de ces pédantes.
A l’exception du notaire, qui a conservé ses atours du 17e siècle, tous adoptent une tenue vestimentaire et gestuelle contemporaine, sur fond de diverses chansons à la mode yéyé.
Au centre, Trissotin campe une perversité inquiétante et on mesure son cynisme et son avidité sans vergogne. Là où Molière faisait fond sur la farce, corroborée par la présence de Martine et de Vadius, cette mise en scène donne un relief accru au pouvoir des mots et à une pureté langagière revendiquée jusqu’à l’absurde.
Les corps se heurtent pour le désir comme pour la violence, les livres se jettent à la figure. L’espace largement ouvert laisse entrevoir, derrière des panneaux translucides,
l’omniprésence des regards et des lieux d’intimité, jusqu’à s’élever vers les ciels de la lunette astronomique.
On se laisse aller à cette étrange impression d’un texte si connu, dont l’intemporalité est revisitée sans en altérer la force adaptable aux époques successives, tant les comportements et les combats qu’il évoquait il y a quelques siècles se sont différés sans s’amoindrir. Le rire est doux-amer et l’intérêt jamais démenti jusqu’aux applaudissements mérités.
SPECTACLE SELECTION - Annick Drogou

LES FEMMES SAVANTES

MOLIERE | ELISABETH CHAILLOUX

18 > 30 AVR 2017 / Manufacture des Œillets / La Fabrique

24 FEVRIER 2017 > L’Orange Bleue / Eaubonne
2 MARS 2017
> Salle Emilien Ventre / Rousset
8 ET 9 MARS 2017
> Théâtre Aida / Auxerre
13 ET 14 MARS 2017
> Le Figuier Blanc / Argenteuil
25 MARS 2017 
> La Salle Lino Ventura / Athis Mons
28 ET 29 MARS 2017
> Le Carré Magique / Lannion
4 AVRIL 2017
> Le Théâtre Edwige Feuillère / Vesoul
7 AVRIL 2017
> Théâtre de Chartres
12 ET 13 MAI 2017 > L’Auditorium du Louvre-Lens
16 MAI 2017 > La Maison des Arts / Thonon-les-Bains
23 MAI 2017 > Centre Culturel Albert Camus / Issoudun

 

LES FEMMES SAVANTES

MOLIERE | ELISABETH CHAILLOUX

18 > 30 AVR 2017 / Manufacture des Œillets / La Fabrique

VISITE DU THEATRE DES QUARTIERS D’IVRY
En partenariat avec Val-de-Marne Tourisme & Loisirs des visites de la Manufacture des Œillets sont régulièrement organisées.
Elles sont associées à une représentation de la saison du Théâtre des Quartiers d’Ivry.

A l’occasion d’une visite précédant le spectacle, venez découvrir les coulisses du Théâtre des Quartiers d’Ivry, les salles de spectacles, la grande halle et les différents espaces habituellement « cachés » aux yeux du public.
Prochaine visite proposée avant la représentation des Femmes Savantes, samedi 22 avril à 16h.
Plus d’informations sur la page Val-de-Marne Tourisme et Loisirs


Dimanche 23 avril
- RENCONTRE
avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation de Les Femmes Savantes
 

Teaser LES FEMMES SAVANTES

Dossier du spectacle