Théâtre des Quartiers d’Ivry

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DES ROSES ET DU JASMIN

ADEL HAKIM

THEATRE DES QUARTIERS DU MONDE

LEA - “ Mes larmes ont pour chacun,
Victimes et responsables de ces victimes,
La même amertume et la même douceur.”

Trois générations
Dans les années quarante, l’Angleterre occupe la Palestine. Une jeune juive venue de Berlin, Miriam, tombe amoureuse de John, un officier anglais. Ils auront une fille, Léa. Dans les années soixante, Léa tombe amoureuse de Mohsen, un jeune palestinien. Ils auront deux filles, Yasmine et Rose. Vingt ans plus tard, au moment de l’Intifada de 1988, Yasmine et Rose se trouveront dans deux camps opposés.
Allant de 1944 à 1988, Des Roses et du Jasmin relate le parcours, à travers trois générations, d’une famille dans laquelle convergent les destins de personnages palestiniens et juifs.

La Tragédie Grecque a servi de modèle pour ce spectacle. L’intime y est mis en rapport avec la société et le monde. Le spectateur se trouve alors seul juge des actes des protagonistes. Le poids du passé, pour tout individu, quel qu’il soit, détermine son identité, son inconscient, ses actions, son destin. Il y a certes une part de libre arbitre dans nos choix et dans nos projets de vie. Mais nous sommes constitués, génétiquement et culturellement, de ce que les générations précédentes ont construit et nous ont légué. Il est fort difficile de se libérer, ne serait-ce que partiellement, de ce poids du passé. A moins d’avoir conscience qu’il existe. Et d’en parler.

Dans Des Roses et du Jasmin ce n’est pas seulement du Moyen-Orient qu’il s’agit ou de communautés particulières. C’est ce que nous vivons tous, d’une manière ou d’une autre.
Adel Hakim

Tragique d’aujourd’hui en Palestine
”Avec deux productions en quatre ans, le metteur en scène Adel Hakim redonne un véritable élan au Théâtre National Palestinien (TNP). Son premier spectacle présenté ici, on s’en souvient encore, Antigone de Sophocle, a été un authentique succès. Si la logique existe en matière théâtrale, il ne fait aucun doute que Des Roses et du Jasmin devrait suivre le même chemin. Créé le 2 juin à Jérusalem-est, le nouveau spectacle qui retrouve le même excellent noyau de comédiens que pour Antigone, marque le retour d’Adel Hakim à l’écriture théâtrale que l’on espérait depuis longtemps. Un retour pour le moins ambitieux, puisque cette ”épopée musicale”, entend rien moins que de développer sur trois générations successives l’histoire d’Israël et de la Palestine, de 1948 à 1988. Ecrite et montée dans l’exacte suite d’Antigone, elle met en présence sur le plateau, dans un égal partage et dans une égale implication, les deux protagonistes du conflit, les protagonistes de la tragédie. De l’écriture à sa réalisation scénique, il est évident qu’Adel Hakim pense à la tragédie grecque, met ses pas dans ceux d’Eschyle et de Sophocle, invente une histoire de famille à l’aune de celle des Labdacides ou des Atrides.”
Jean-Pierre Han - Les Lettres françaises

Coproduction Théâtre National Palestinien, Théâtre des Quartiers d’Ivry, Centre Dramatique National du Val-de-Marne.
Action financée par le Conseil Régional d’Ile-de-France et avec l’aide du Consulat Général de France à Jérusalem.

CRÉATION

Durée estimée > 3h
entracte inclus

Spectacle en arabe surtitré en français avec les acteurs du Théâtre National Palestinien.

texte et mise en scène
Adel Hakim

édition
L’Avant Scène Théâtre

scénographie et lumière
Yves Collet
dramaturge
Mohamed Kacimi
assistante à la mise en scène
Giorgina Asfour

collaboration artistique
Nabil Boutros
costumes
Dominique Rocher
vidéo
Matthieu Mullot
chorégraphie
Sahar Damouni

avec
Hussam Abu Eisheh
Alaa Abu Gharbieh
Kamel El Basha
Yasmin Hamaar
Faten Khoury
Sami Metwasi
Lama Namneh
Shaden Salim
Daoud Toutah



DES ROSES ET DU JASMIN

ADEL HAKIM

Des fleurs contre des murs de haine

Ecrite et mise en scène par Adel Hakim, Des Roses et du Jasmin évoque de manière romanesque le conflit israélo-palestinien.

Des acteurs palestiniens sur une scène française, c’est rare. Il y en a en ce moment à la Manufacture des Œillets, à Ivry (Val-de-Marne), où ils jouent Des Roses et du Jasmin, une pièce écrite et mise en scène par Adel Hakim, le codirecteur du lieu, avec Elisabeth Chailloux. Le spectacle a été créé en juin 2015 au Théâtre National Palestinien, qui est situé à Jérusalem-Est, et qu’Adel Hakim connaît bien. En 2011, il y a créé Antigone, de Sophocle, qui a connu un beau succès, et a été reprise début janvier pour l’inauguration de la Manufacture des Œillets. A cette tragédie antique, Adel Hakim répond par une tragédie moderne, qui croise l’histoire d’Israéliens et de Palestiniens, de 1944 à 1988, à travers trois générations.

Il a fallu surmonter d’innombrables difficultés pour créer cette pièce. Un texte remarquable en témoigne : le journal de bord tenu par l’auteur Mohamed Kacimi pendant les répétitions. Mohamed Kacimi était auprès de son ami Adel Hakim pour travailler à la traduction et à la dramaturgie. Il raconte les conditions dans lesquelles le Théâtre National Palestinien survit sans un sou et sous les menaces, le quotidien chaotique du travail, et les débats sur la pièce, à l’in­térieur de l’équipe et du conseil d’administration. Ce dernier voulait refuser Des Roses et du Jasmin, jugeant qu’elle accordait trop de place « au malheur du peuple juif ». Un homme d’exception s’y est opposé : le docteur Waël, chirurgien et principal mécène du théâtre : « L’art n’est pas de la propagande, il faut arrêter de dire que les juifs sont la cause de tous nos maux, il faut grandir, balayer devant notre porte, le monde bouge et nous sommes toujours là à pleurer 1948. »

Des Roses et du Jasmin commence quatre ans plus tôt, avec une histoire d’amour. Miriam, une jeune femme juive, a trouvé refuge à Jérusalem, où elle rencontre John, un jeune officier britannique. Ils tombent amoureux, se marient. A la fin de la guerre, Aaron, le frère de Miriam, arrive à Jérusalem. Il apprend à Miriam que leur mère et leur sœur sont mortes en camp. C’est un membre de l’Irgoun, l’organisation extrémiste qui, le 22 juillet 1946, perpètre l’attentat contre l’Hôtel King David où les autorités britanniques ont leurs bureaux. John meurt dans l’attentat, Miriam élève sa fille, Léa, et Aaron devient un membre influent de la droite israélienne.

Tragédie politique

Une nouvelle histoire d’amour ouvre le deuxième chapitre de la pièce : Léa tombe amoureuse d’un Palestinien. Elle a deux filles, qui vont se retrouver, à la fin de Des Roses et du Jasmin, l’une du côté ­israélien, l’autre palestinien… Adel Hakim assume l’aspect romanesque de cette trame, qui lui permet de montrer, à travers le temps d’une famille, comment s’est nouée une tragédie politique qui paraît sans issue, tant les murs de haine et d’incompréhension se sont densifiés, année après année. C’est contre ces murs que Des Roses et du Jasmin se bat, en dessinant leurs soubassements et leur édification à travers des personnages campés, facilement identifiables et humains.

L’écriture et la mise en scène, alertes, laissent toute latitude aux comédiens palestiniens, qui ont un très bel art du jeu expressif. Ni eux ni la pièce, à aucun ­moment, ne prennent les spectateurs de haut. Chacun s’y retrouve, quel qu’il soit. C’est là le grand mérite du spectacle : offrir du théâtre populaire, au bon sens du terme. Et c’est à cela que l’on pense, en sortant de cette nouvelle et chaleureuse Manufacture des Œillets.

Brigitte Salino - LE MONDE

 

 

Des fleurs et des larmes depuis tant d’années

Avec Des roses et du Jasmin, Adel Hakim et les comédiens du Théâtre National Palestinien livrent sur la scène du CDN d’Ivry le récit intime d’un drame qui perdure dans un Moyen-Orient poudrière à vif.

Une fresque vibrante, faite de drames et de pleurs, de rires et de rêves. Des roses et du Jasmin, écrit et mis en scène par Adel Hakim avec le concours du dramaturge Mohamed Kacimi, est à la fois un récit historique et un voyage au plus profond de l’intime d’hommes et de femmes de Palestine, d’abord en 1944, avant la création de l’État d’Israël, puis jusqu’en 1988, époque de la première Intifada.

Sur le vaste et très beau plateau du tout nouveau Centre Dramatique National des Œillets, à Ivry-sur-Seine, dans un décor de panneaux translucides propices à l’imaginaire, les comédiens du Théâtre National Palestinien (Hussam Abu Eisheh, Alaa Abu Gharbieh, Kamel El Basha, Yasmin Hamaar, Faten Khoury, Sarni Metwasi, Lama Namneh, Shaden Salim, Daoud Toutah) jouent en arabe, avec des surtitres français. Leur pièce, dont le titre est un hommage aux deux jeunes mortes du récit, est donnée là pour la première fois en France.

C’est peu de dire combien l’émotion est au rendez-vous. D’abord travail d’un atelier de recherche qui s’est déroulé à Jérusalem en mai et juin 2014, le spectacle dépasse désormais ses propres frontières. « À travers cette histoire, ce n’est pas seulement du Moyen- Orient qu’il s’agit, ou de communautés particulières. C’est ce que nous vivons tous, d’une manière ou d’une autre », explique Adel Hakim, qui par ailleurs codirige avec Élisabeth Chailloux ce CDN du Sud parisien. Voici trois générations d’une famille complexe et écartelée entre convictions politiques, sentiments et pièges du nationalisme, secondées par des personnages comme Alpha et Oméga, qui assurent la transition entre les scènes et les époques, avec humour et loufoquerie. « Une bombe n’est pas une catastrophe naturelle », dit l’un ; « une bombe est fabriquée par des hommes, les êtres humains font partie de la nature », réplique son compère. Histoire de garder les deux pieds sur terre, toujours.

Heureusement, comme le dit Mohamed Kacimi, « il y a la passion humaniste d’Adel Hakim, rêveur, passionné, révolté, qui a tenu à réaliser ce projet fou », tout en redonnant du souffle au Théâtre national palestinien, surnageant comme il le peut dans l’environnement politique que l’on sait.

Quand l’histoire commence, le « mandat » des Anglais en Palestine n’est pas terminé. Un premier attentat d’envergure, visant le quartier général de l’armée à l’hôtel King David de Jérusalem, le 22 juillet 1946, va accélérer leur départ. C’est aussi l’époque du développement de ITrgoun, mouvement sioniste, matrice de l’actuel parti très droitier Likoud. Puis, des années plus tard, dans une prison, deux sœurs de 20 ans à peine se retrouvent, sans savoir d’abord les liens qui les unissent. L’une prisonnière, militante pro-palestinienne, interrogée par l’autre, militaire fervente. Ce sont à elles que roses et jasmin seront offerts. Sur leurs jeunes tombes. La démonstration est sans appel. Brillante. On n’en sort pas indemne.

Gérald Rossi - L’HUMANITE

 

Une fresque historique d’Adel Hakim

 Dans Des Roses et du Jasmin, pièce qu’il a créée à Jérusalem avec le Théâtre National de Palestine, l’artiste qui dirige depuis des années le Théâtre des Quartiers d’Ivry avec Elisabeth Chailloux, évoque avec ferveur, sensibilité, probité, le destin de la Palestine et d’Israël.

Après sa magnifique "Antigone" donnée en ouverture du nouveau lieu splendide dont bénéficie le centre dramatique national du Val-de-Marne, la Manufacture des Œillets totalement réhabilitée (…). Adel Hakim présente une pièce qu’il a écrite et qui envisage, de 1944 à 1988, le destin de la Palestine et d’Israël.

S’il fallait recommander une chose aux spectateurs, ce serait de prendre le temps de lire le saisissant "Journal de bord" qu’a tenu l’écrivain et homme de théâtre Mohamed Kacimi qui a accompagné Adel Hakim dans tous ses voyages à Jérusalem.(…)

Neuf comédiens sont là, qui jouent en arabe avec des surtirages très clairs cette longue fresque de près de trois heures, mais qui passe très vite car elle est composée en scènes claires, pédagogiques et sensibles à la fois, et surtout avec une grande probité. (…)

Adel Hakim procède comme un conteur tout en s’inspirant des tragédies grecques. Le destin des êtres, le destin des peuples, c’est de cela qu’il est question dans cette fresque qui commence en 1944 et se clôt en 1988.

Ses personnages sont des êtres de chair qui sont les héritiers d’histoires qui les dépassent, les portent ou les ligotent.

Le spectacle s’offre à nous avec sa musique, ses intermèdes dansés, son côté "comédie musicale" qui n’étouffe jamais la gravité du propos.

Trois générations, des êtres venus de cultures différentes. Six des comédiens jouaient déjà dans Antigone, ils ont été rejoints par trois autres. Des comédiens qui ont de fortes personnalités, une densité dans la présence, une capacité à passer d’une humeur à l’autre, très vive et fluide. Car, ici, évidemment, beaucoup de parcours sont contrariés, et ce qui frappe c’est la sincérité de chaque personnage.

Pour vivre dans ce monde, il faut accepter d’être face à des "ennemis", il faut tenter de comprendre où est le bien, où est le mal mais l’on comprend vite que ce sont là questions relatives. Sauf que les incompréhensions mènent à la violence.

(…) La pièce est gorgée de notations sensibles. C’est "le lait de la tendresse humaine" qui coule là. Mais aussi le venin de la haine.

Comme toute tragédie "Des Roses et du Jasmin" se clôt sur la mort. Mais, parce qu’Adel Hakim est un être d’humanité, il laisse ouverte une porte d’espérance, même si, trente ans plus tard, on sait ce qu’il en est...

A voir, donc. Et à lire, redisons-le : et la pièce publiée par L’Avant-scène théâtre et le journal de Mohamed Kacimi. Et puis ajoutons : aussi grave et sombre soit la matière historique, le spectacle émeut et l’on applaudit le talent des comédiens et la fluidité heureuse du spectacle.

Armelle Héliot  - LE FIGARO

 

Les Juifs et les Arabes, acteurs (involontaires) d’une tragédie grecque

A la Manufacture des Œillets, à Ivry, qui vient d’ouvrir ses portes, Adel Hakim met en scène « Des Roses et du Jasmin », fresque sur les relations israélo-palestiniennes vues à travers trois générations , avec les acteurs du Théâtre National Palestinien.

Il y a des pièces qui sont comme des miracles, tant elles demandent d’efforts, de sacrifices, de générosité et d’acharnement pour arriver à leur terme et permettre ce moment magique où elles peuvent rencontrer leur public. « Des Roses et du Jasmin », d’Adel Hakim, est à ranger dans cette catégorie.

Elle se joue à Ivry, à la Manufacture des Œillets, réhabilitée pour accueillir le Théâtre des Quartiers d’Ivry, codirigé par Adel Hakim et Elisabeth Chailloux, et un centre d’art. Par parenthèses, on ne soulignera jamais assez le rôle de certaines municipalités de la région parisienne pour défendre la culture en général et le théâtre en particulier (…).

La Manufacture des Œillets avait ouvert ses portes en reprenant « Antigone », de Sophocle, déjà créée avec le Théâtre National Palestinien, et dont j’avais parlé dans ce blog. On retrouve cette équipe étonnante avec « Des Roses et du Jasmin », au terme d’un travail tenant du chemin de croix. (…)

Le Théâtre national Palestinien, que Mohamed Kacimi définit comme « un non lieu, géographique et politique ». Créé en 1984 par feu François Abou Salem, ce théâtre a été fermé à plus de 35 reprises par la police israélienne.  Implanté dans la partie occupée par Israël, il ne peut pas demander d’aide palestinienne sous peine d’être accusé d’intelligence avec l’ennemi, et il ne peut quémander d’aide israélienne pour ne pas être suspect de trahison par les Palestiniens.  Kafka où es-tu ?

« Des Roses et du Jasmin », c’est une manière d’évoquer cette situation ubuesque via une histoire qui réussit à ne pas tomber dans le piège du simplisme ou de la caricature. Vu le sujet, ce n’est pas évident. En effet, Adel Hakim évoque trois générations de juifs et d’arabes, de la création d’Israël à aujourd’hui.

De cette trame digne d’une tragédie grecque, et dans le droit fil d’ «Antigone», Adel Hakim a su évoquer avec finesse, doigté et poésie, quelques unes des problématiques posées par le conflit israélo-palestinien. Au-delà, même, il aborde des questions universelles sur le rapport à l’Autre, l’enfermement ethnique, la place des religions, la difficulté de ne pas se laisser prendre par l’emprise  tribale et la loi du sang.

Si l’arrière plan historique est parfois évoqué de manière rapide, la fresque poétique balaie tout sur son passage, emportée par l’allant des neuf comédiens qui occupent un plateau séparé en son centre par un écran qui permet des incrustations visuelles de bon aloi. On est ici avec une œuvre qui rappelle ce qu’écrivait Victor Hugo dans sa préface à « Lucrèce Borgia » : « Le théâtre est une tribune. Le théâtre est une chaire. Le théâtre parle fort et parle haut ».

Jacques Dion - MARIANNE

 

En Palestine : des roses et du jasmin, du sang et des larmes

Adel Hakim, codirecteur du Théâtre des Quartiers d’Ivry, signe une nouvelle mise en scène avec le Théâtre national palestinien de Jérusalem. Un geste théâtral qui est aussi un acte d’engagement et donne jour à une oeuvre magistrale. (...)

Des Roses et du Jasmin, écrit et mis en scène par Adel Hakim, est un coup de maître. Il avait déjà porté au plateau le Théâtre National Palestinien dans une version inoubliable d’Antigone, qui reçut le Prix de la critique du meilleur spectacle étranger en 2012, et Zone 6, chroniques de la vie palestinienne, une création collective. Il donne ici une tragédie contemporaine de l’histoire palestinienne, à la fois intime et collective, montrant, comme dans l’Orestie d’Eschyle, « comment le destin des membres d’une même famille est étroitement lié à tout un parcours psychologique, social et historique ». On y retrouve le même noyau d’acteurs remarquables - dont Shaden Saleem, qui interprétait Antigone et joue Miriam ou Hussam Abu Eisheh, devenu Aaron après Créon -, et qu’il faut tous citer : Alaa Abu Gharbieh, Kamel El Basha, Yasmin Hamaar, Faten Khoury, Sami Metwasi, Lama Namneh et Daoud Toutah, dans un registre de jeu et de chorégraphie d’une grande vitalité.

Lorsqu’on sait les difficultés d’existence du Théâtre National Palestinien, qui ne peut être soutenu par l’Autorité palestinienne (selon des accords bilatéraux avec l’État israélien, il est interdit à l’Autorité de subventionner des institutions à Jérusalem) et refuse de demander des subventions au gouvernement israélien, on reste médusé par l’excellence de jeu des comédiens. Sans école de formation, ils n’ont pour toute perspective d’évolution que leur propre expérience de travail, les rencontres avec des metteurs en scène dans des partenariats internationaux, et leur désir de faire du théâtre comme on refait le monde.

Pour cette nouvelle aventure théâtrale et humaine, Adel Hakim a d’abord travaillé l’écriture avec les acteurs dans un atelier de recherche en 2014 qui donnera naissance à une pièce fleuve. A partir de janvier 2015, il revient à Jérusalem, avec le dramaturge Mohamed Kacimi, pour calibrer cette version resserrée et magistrale, présentée au public palestinien début juin, dans la scénographie sobre et lumineuse d’Yves Collet.

Proposer à des Palestiniens d’interpréter l’histoire d’une famille juive que le génocide nazi décime - la mère et la soeur de Miriam et Aaron ont été déportées à Buchenwald -, de se mettre dans la peau de l’autre avant de raconter sa propre histoire, n’allait pas de soi. Mais c’est une porte d’entrée et d’imbrication totalement efficace pour rendre compte du paradoxe colonial dont les Palestiniens payent toujours le prix. Entrer dans le conflit israélo-arabe, couvrir près de soixante ans d’histoire à travers le destin intime de deux familles entremêlées sur trois générations, choisir d’en transmettre les lignes sismiques à travers le corps des femmes, autant de choix dramaturgiques, esthétiques et politiques qui aboutissent une réussite totale. Dans une alchimie qui joue avec l’intensité de la tragédie et les respirations de la comédie, en mettant de la distanciation et de l’humour dans des déroulés de destinée inexorable, comme une pirouette contre le malheur, avec un formidable montage musical, la pièce capte le souffle et l’attention d’un bout à l’autre. Les trois tableaux sont introduits, reliés et commentés par un duo de clowns-danseurs qui prennent la place du choeur antique. Deux garçons mi-sérieux mi-facétieux dans la première partie, puis deux filles espiègles et déchaînées, habillées de rouge, comme au cirque. Ils recomposeront d’autres personnages dans d’autres séquences.

Avec juste deux tables, un écran, quelques chaises et des panneaux translucides disposés à cour et à jardin, on voyage dans la Palestine de 1944 à 1988, mais aussi dans celle d’aujourd’hui, avec la présence radicale et forte des comédiens. Les frontières convoquées sont aussi celles du monde des vivants et des morts. Ainsi John, dont le fantôme revient hanter sa femme. Ou Saleh, qui a été massacré à Sabra et Chatila. Puis Rose et Yasmine, réunies dans le sang et les larmes. Pas de « Happy end ». Juste un arrêt sur images sur l’occupation.

 Marina Da Silva - LE MONDE DIPLOMATIQUE

 

Sous la plume et la direction d’Adel Hakim, avec les acteurs du Théâtre National Palestinien, Des Roses et du Jasmin parcourt l’histoire du conflit israélo-palestinien à travers la destinée d’une famille.

 Il y a de la tragédie bien sûr dans ce spectacle, celle d’une famille qui finira déchirée par l’opposition entre juifs et palestiniens. Il y a du Roméo et Juliette aussi – les initiales R&J s’affichent d’entrée de jeu derrière les acteurs – parce que l’amour, le désir y font s’embrasser les jeunes gens par-delà des conflits qui opposent leurs clans. Il y a du cabaret également, avec ces appels répétés à la fête et à la danse, à l’exaltation des sens, avec ces sortes de clowns blancs, puis rouges, qui encadrent l’action et mènent la revue des faits historiques. Il y a de l’arabe aussi, une langue qu’on se dit qu’on entend trop peu sur nos scènes, tant les acteurs du Théâtre National Palestinien la font joliment résonner en portant le texte d’Adel Hakim, secondé dans l’écriture par Mohamed Kacimi. Et bien sûr il y a l’Histoire, l’histoire d’une région sainte et maudite, de l’arrivée des rescapés juifs en 1944 à l’Intifada de 1988, en passant par les expropriations de palestiniens, la création de l’Irgoun et l’attentat du King David en 1948, la création d’Israël, l’émergence de l’OLP, la guerre des six jours, l’invasion du Liban et les massacres de Sabra et Chatila.

L’amour, le sexe, la joie
Il y a donc beaucoup de dimensions qui s’entrecroisent dans ce spectacle parfaitement scénographié et chorégraphié – on ne les a pas toutes citées -, et pourtant Des Roses et du Jasmin frappe tout du long par sa simplicité, son dépouillement, un propos aussi limpide qu’il est riche, aussi clair que ce conflit est compliqué. (…) Le constat, que le spectacle pose donc, c’est que les forces obscures – la pulsion de mort, la violence masculine, le désir de tout contrôler – sont dans cette région du monde en train de ravager la vie – tout particulièrement celle des femmes -, et qu’elles prennent le dessus sur les forces vitales – l’amour, le sexe, la joie… Face à cela, que peut le théâtre, si ce n’est porter cet élan de vie qui l’anime plus que tout autre art puisqu’il s’appelle spectacle vivant ? Et cet élan, le faire vibrer sur scène, l’étendre à la salle, ranimer avec lui une communauté, comme cette extraordinaire aventure humaine qu’a engendrée la mise en œuvre de Des Roses et du Jasmin, créé initialement à Jérusalem, a permis de le faire avec un théâtre palestinien en ruines. Adel Hakim, touche là, avec humilité et sobriété, au cœur du théâtre.

 Eric Demey - LA TERRASSE

 

Inscrite sur le territoire palestino-israélien, à travers trois générations couvrant plus de quatre décennies, de 1944 à 1988, se déploie l’action Des Roses et du Jasmin d’Adel Hakim, acteur, auteur, metteur en scène et co-directeur avec Elisabeth Chailloux du Théâtre des Quartiers d’Ivry – Centre Dramatique National du Val-de-Marne- installé nouvellement dans la magnifique Manufacture des Œillets réhabilitée.

Avec un dramaturge de choix pour l’occasion, l’écrivain Mohamed Kacimi.

Les événements se succèdent selon un fil historique extrêmement tendu, depuis l’explosion, lors du Mandat britannique, du quartier général de l’armée britannique à l’Hôtel King David à Jérusalem – attentat perpétré par l’Irgoun, organisation secrète de la lutte pour la création de l’Etat d’Israël – jusqu’au retrait des Britanniques en Palestine en 1948, puis, de la Guerre des Six Jours de 1967 et la résistance palestinienne de l’OLP – Gaza, Beyrouth – jusqu’à la Première Intifada en 1988.

Or, la grande Histoire ne saurait s’accomplir sans le terreau fondateur des petits arrangements existentiels qui font éclore la sphère intime – privée et familiale -, respiration salvatrice et accomplissement de soi au cœur de la société et du monde. (…)

Des Roses et du Jasmin relate l’entremêlement identitaire – religieux et culturel – d’une famille qui fait se croiser les destins palestiniens et juifs des camps opposés.

Juive venue de Berlin, Miriam, épouse d’un officier anglais, met au monde Léa qui, dans les années soixante, s’éprend du palestinien Mohsen, et donne naissance à Yasmine, qui devient vingt ans plus tard militante palestinienne, et à Rose, qui choisit l’uniforme de soldate israélienne, les figues emblématiques Des Roses et du Jasmin.

A la façon d’une tragédie antique, (…) la représentation scénique de l’action contemporaine Des Roses et du Jasmin ouvre une brèche significative – observation des événements, déroulement évocateur des faits objectifs suivis de leurs conséquences fatales dans une perspective historique. (…)

Amour, amitié et liens familiaux, la force des sentiments fait se mouvoir les êtres : aucune de ces figures entières n’accédera à la paix intérieure ni à l’apaisement.

Et pour que ne pèse pas trop sur les spectateurs la tragédie des événements, la mise en scène s’engage aussi dans la comédie et la farce grâce au jeu burlesque et grotesque des comédiens, présentateurs amusés et interprètes qui font le chœur. (…)

« Une fête, c’est la vie….Alors, que la fête commence ! »
Duo de clowns scintillants dont le Monsieur Loyal du cirque et la réplique d’un duo de figures féminines enjouées – danseuses ou entraîneuses facétieuses de cabaret -, la roue tourne sous l’impulsion du verbe et de la parole de ces compte-rendu malicieux.

Les danseuses légères sont plus tard combattantes rudes ou bien soldates résolues.

La scénographie et les lumières d’Yves Collet ajoutent à l’esprit festif inscrit au milieu de la mort, inventant un espace radieux où se réfugient les personnages tragiques – une blancheur éclatante cernée de panneaux transparents obliques -, défunts gardiens qui assistent les vivants en reposant dans leur cœur qui se souvient.

Saluons la force déterminée des acteurs palestiniens – gestuelle et voix expressives de Hussam Abu Eisheh, Alaa Abu Gharbieh, Kamel El Basha, Yasmin Hamaar, Faten Khoury, Sami Metwasi, Lama Namneh, Shaden Salim, Daoud Toutah.

L’éclat circonstancié et dialectique d’un conflit obscur qui ne trouve jamais sa fin.

Véronique Hotte - HOTTELO

 

 

Au coeur du volcan

Une collaboration entre le Théâtre National Palestinien et le Centre Dramatique National d’Ivry s’était déjà instaurée autour d’Antigone de Sophocle, joué en arabe dans une mise en scène d’Adel Hakim : le spectacle, créé à Jérusalem, a longtemps tourné en Orient et en France, avec succès. Le deuxième acte de cette entente entre deux équipes par-delà la Méditerranée est encore plus fort : c’est une pièce d’Adel Hakim sur l’histoire d’Israël et de la Palestine, Des Roses et du Jasmin. Elle a été créée l’an dernier à Jérusalem et constitue le premier spectacle du nouveau lieu du Centre dramatique dirigé par Elisabeth Chailloux et Adel Hakim, la splendide Manufacture des œillets.

44 ans de la vie de la Palestine, soit de 1944 à 1988 : c’est ce que parcourt le texte d’Hakim, difficilement résumable puisqu’il a la dimension d’une saga, sans en avoir la musique romanesque. Tout part, dans la première scène située à Jérusalem en 1944, d’un coup de foudre entre un officier anglais, qui représente la puissance occupante (la Grande-Bretagne a établi ce qu’elle appelle un Protectorat sur le territoire) et une jeune réfugiée allemande juive, qui a fui les persécutions des juifs par les nazis. Ce serait une belle histoire d’amour si tous les éléments d’une redoutable poudrière ne se mettaient en place derrière un très bref conte de fées. Les Anglais sont de redoutables occupants, les juifs portés par l’idéologie sioniste agissent à travers la société secrète intitulée l’Irgoum la création de l’état d’Israël, et la population arabe est peu à peu mise à la marge. Les désaccords et la violence entre les communautés se reflètent dans la famille que fondent l’Anglais et la juive exilée. Car leurs enfants vont être mêlés à l’évolution d’un pays où la cohabitation se transforme en des affrontements permanents. La puissance anglaise se retire et les Israéliens, aidés par une partie de l’Occident, consolident un état fort et militarisé qui met au second plan et, peu à peu, écrase les Palestiniens. Dans une même famille, comme celle de la pièce, les relations sociales et amoureuses traversant les barrières des clans, les attitudes peuvent être diverses et même opposées : ainsi, dans la dernière partie du texte d’Adel Hakim, deux sœurs qui ne se connaissent pas – en raison d’enfermements et de déplacements – sont l’une une policière au service de la politique d’Israël et l’autre une militante des mouvements palestiniens. Les différences de communautés, les classes sociales, les volontés d’amour et les volontés de haine ont créé un volcan à l’intérieur duquel Hakim suit des personnages happés par une tragédie irrémédiable.

Toutes ces querelles, toutes ces guerres, toutes ces tueries pour des peuples – si l’on oublie les Britanniques, partis assez vite mais d’une grande responsabilité à l’échelle de l’Histoire – qui sont tous sémites ! C’est ce que rappelle en passant Adel Hakim : les deux populations descendent d’une même figure, Sem, le fils de Noé et l’ancêtre d’Abraham. Hakim a voulu être dans la complexité de l’Histoire et ne pas dénaturer la représentation d’un camp par rapport à l’image d’un autre. Il n’en démontre pas moins que tous les espoirs d’un équilibre pacifié ont été déçus et que les Palestiniens sont des victimes à l’intérieur d’une société devenue inhumaine et irrespirable. Hakim, cependant, laisse entendre aussi que tout n’est pas parfait chez les Palestiniens, peu soucieux de l’égalité entre les hommes et les femmes.
Ce qui compte avant tout, c’est la patte de l’écrivain et du metteur en scène, ici mêlées. Du point de vue de l’écriture et de l’esthétique, c’est à une grande fresque que nous assistons. Hakim, avec audace, mêle le ton de la grande tragédie, le dialogue quotidien et la bouffonnerie triviale. Sans doute réinvente-t-il à sa façon ce que les Grecs de l’Antiquité appelait le drame satyrique, dont il ne reste aucune trace mais dont on sait qu’il était une sorte de tragédie pénétrée par l’esprit de la comédie. Ici, dans le bel espace abstrait dessiné par Yves Collet – à gauche et à droite, deux rangées de panneaux clairs mènent à un écran qui est un lieu de métamorphoses ; tous les éléments qui interviennent sont de petite taille, volontairement banals -, des personnages grotesques ou inquiétants viennent en parallèle de l’action, la commentant ou laissant libre cours à une gestuelle déchaînée : ce sont des sortes de clowns méditerranéens ou bien des femmes dansantes ou contorsionnées qui pourraient être des érinyes modernes. La musique, aussi, effectue ce type de décalage, avec des rocks sensuels qu’Hakim associe étrangement à des scènes d’une grande tension.

Les acteurs, Hussam Abu Eisheh,
 Alaa Abu Gharbieh,
 Kamel El Basha,
Yasmin Hamaar, 
Faten Khoury, 
Sami Metwasi, 
Lama Namneh,
 Shaden Salim et
 Daoud Toutah, sont d’une mobilité et d’une énergie magnifiques. Ils peuvent être, à volonté, d’une grâce légère ou d’une intensité d’athlète. Seul peut-être le dernier tableau, très direct, d’une grande noirceur, rompt avec le style théâtral adopté où la parole n’est pas militante mais démiurgique – c’est-à-dire, celle d’un poète qui donne une nouvelle lumière au monde que nous vivons. C’est un choc que l’on reçoit dans la splendeur.

Gilles Costaz - WebThéâtre

 


En écrivant et en mettant en scène Des roses et du Jasmin Adel Hakim veut nous raconter  la difficile relation des Juifs et des Palestiniens en Israël depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Après la création d’Antigone, qui a été jouée dans de nombreux pays par le Théâtre National Palestinien, il a conçu ce spectacle qui lui fait écho. Comme dans  la tragédie grecque, il s’agit de tisser une toile où se mêlent histoire intime et histoire sociale et politique. Ici ce sera une famille, où les mariages ont mêlé britanniques, Juifs et Arabes, dont on suivra le destin fracassé sur trois périodes, de 1944 à 1948, date du départ des Britanniques et de la Nakba, de 1964 à 1967, date de la guerre des Six Jours et enfin en 1988, date de la première Intifada.
 
Confronté à des difficultés aussi nombreuses que variées, c’est un miracle que cette pièce ait pu voir le jour. (…) Adel Hakim, suivi par la troupe, s’est accroché à son projet humaniste, l’a adapté à l’Histoire qui continuait à dérouler son fil, a souligné le rôle des anciens dans la perpétuation des idées racistes et erronées et a même réussi à introduire des éléments d’humour dans cette tragédie. (…) Il suscite le rire quand il met en scène les fantômes de la première époque admirant Jérusalem en 1988 "une ville propre qui fonctionne avec efficacité" avant de conclure "tout ça pour ce système de merde". Comme dans la tragédie grecque, il souhaitait donner une place au chœur. Ce sont donc deux hommes à l’allure clownesque dans la première partie et deux femmes, sortes de sorcières en robe rouge échappées de Macbeth, qui vont faire office de chœur, interpellant le public et le faisant passer d’une époque à l’autre, philosophant sur la responsabilité des hommes dans cette tragédie. Les musiques choisies ont un sens.  Quand un acteur raconte le massacre de Sabra et Chatila, on entend la chanson de Léonard Cohen Everybody knows. Les acteurs évoluent avec aisance sur la grande scène du Théâtre des Quartiers d’Ivry et sont très convaincants.
 
(…) On est emporté par le souffle tragique de cette histoire, par le combat de ces hommes et de ces femmes qui auraient voulu pouvoir vivre ensemble et s’aimer.

Micheline Roussel - SNES

DES ROSES ET DU JASMIN

ADEL HAKIM

25 février 2017 > La Comédie de Génève
du 28 février au 8 mars 2017 > Théâtre National de Strasbourg

DES ROSES ET DU JASMIN

ADEL HAKIM

A l’occasion de la venue à Ivry de l’équipe du Théâtre National Palestinien, nous vous proposons une rencontre et une table ronde.

Dimanche 22 janvier - RENCONTRE
avec les acteurs du Théâtre National Palestinien
à l’issue de la représentation Des Roses et du Jasmin

Samedi 28 janvier - 16h - TABLE RONDE
La culture en Palestine en présence de
- Leila Shahid qui a été déléguée générale de l’Autorité palestinienne en France et ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union européenne. Son parcours de vie est parallèle à l’histoire de Des Roses et du Jasmin. Elle a été très proche de Mahmoud Darwich et de Jean Genet.
- Mohamed Kacimi, auteur et dramaturge, qui lira à cette occasion des extraits du journal, écrit lors de la création à Jérusalem de Des Roses et du Jasmin.
- Olivier Celik, directeur de l’Avant Scène Théâtre
Entrée libre - réservation indispensable 01 43 90 11 11

Teaser Des Roses et du Jasmin - Français

Teaser Des Roses et du Jasmin - English

Dossier du spectacle

Dossier (en anglais)

Revue de presse