Théâtre des Quartiers d’Ivry

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Ouvrir au public l’aile française de la Manufacture.
Inaugurer les Œillets. Anneaux métalliques et fleurs bourgeonnantes.

Une culture théâtrale qui remonte, à Ivry, à quarante-cinq ans.
1972, naissance d’une compagnie, le Théâtre des Quartiers d’Ivry.
Trente ans plus tard, la Ville d’Ivry, le Département du Val-de-Marne et le Ministère de la Culture, décident d’en faire un Centre Dramatique National.
En 2009, la Ville acquiert la Manufacture des Œillets.
Concours architectural. Le cabinet Roubert-Ravaux-Clément est désigné.
Réhabilitation de l’aile française, d’une partie de l’aile américaine et construction d’une extension.
Objectif : maintenir l’esthétique architecturale du bâtiment et le rendre adéquat à l’activité théâtrale.

De la fabrique d’œillets métalliques à la fabrique de spectacles.
Dans cette manufacture, des ouvriers fabriquaient des œillets qui rassemblaient des éléments domestiques ou industriels.
Désormais des gens de théâtre, c’est-à-dire des artisans, fabriqueront des “ objets théâtraux ” en vue de réunir le public.
Tout au long de la journée, multiples activités du Théâtre des Quartiers d’Ivry.
La Manufacture fera partie de la promenade naturelle du quartier et se verra réappropriée par la population d’Ivry.

Lieu d’histoire. Lieu où se racontent les histoires. Lieu où se rassemblent les gens.
Fabrique matérielle. Fabrique des idées.
Creuset où le feu de la création transforme mots et textes.
Une matière première qui prendra corps sur scène.

L’architecture du lieu : une inspiration pour ceux qui y travaillent et y créent de la vie.
Comme les Bouffes du Nord ou la Cartoucherie de Vincennes, ce style suscite l’envie de scénographies singulières, originales.
Spectateurs et acteurs sont plongés dans le même espace.
Barres métalliques. Surfaces vitrées. Passerelles. Escaliers. Charpentes.
Puits de lumière générés par les verrières, ouvertes sur l’extérieur, sur le ciel.
Les histoires racontées au théâtre sont toujours en relation avec le monde et l’univers.
Espace où le passé côtoie le présent.
Espace de convivialité et de dialogue.

En 2016, pour la première fois, le Théâtre des Quartiers d’Ivry rassemble toutes ses activités sous le même toit.
Un toit merveilleux.

Sans le rêve de l’artiste, il n’y a pas de théâtre.
Sans le rassemblement d’une équipe artistique, il n’y a pas de théâtre.
Sans une volonté politique, il n’y a pas de théâtre.
Sans des moyens, il n’y a pas de théâtre.
Sans une équipe technique et administrative, il n’y a pas de théâtre.
Sans le public, il n’y a pas de théâtre.

 

Créer un tel projet artistique ne se produit pas en un claquement de doigts.
Cela demande des décennies de marche sur les sentiers de l’art.
Avec la conviction et la volonté des institutions de développer une politique culturelle à la fois locale et nationale.
Si les politiques et les artistes n’avancent pas la main dans la main, jamais un projet aussi ambitieux ne peut voir le jour.
Tout cela se fait en faveur de la création artistique, mais aussi et surtout à l’avantage des citoyens.
Un accès pour tous à ce domaine de la vie sociale, un domaine aussi précieux et nécessaire que le gaz et l’électricité, que l’air et l’eau.

Créer à perdre la raison, pour la retrouver sous d’autres formes que celles qui nous sont imposées par la logique commerciale.
Créer est en soi un acte d’amour.
Créer pour le plaisir d’ouvrir des portes à notre imaginaire.
Créer dans l’Agora. Dialogue entre citoyens. Réflexion sur le sens de nos vies.
Créer pour envisager des alternatives à ce qu’on ne cesse de nommer des “ crises ”.
Créer : un acte optimiste qui nous fait imaginer un avenir meilleur.
Créer évoque des utopies portées par des rêves, un éveil des sens, des tentatives de compréhension en profondeur du réel de notre quotidien.
Cela a été à la base du travail de l’équipe du Théâtre des Quartiers d’Ivry qu’Elisabeth Chailloux et moi dirigeons depuis 1992.

 

Fondements et fondations. Quarante-cinq ans d’évolution du théâtre dans la Ville d’Ivry !
Une évolution qui témoigne de la convergence de multiples expériences théâtrales.
Théâtre des idées. Théâtre de texte. Théâtre populaire.
Théâtre élitaire pour tous. Théâtre des Quartiers du Monde. Théâtre du Campagnol.
Théâtre où se confrontent la Tragédie Grecque et les écritures contemporaines.
Théâtre, miroir entre les auteurs de répertoire et les auteurs vivants.
Théâtre où se rencontrent les professionnels de l’art et les amateurs passionnés.
Théâtre où s’initient les jeunes générations et où émergent de nouveaux artistes.
Théâtre où s’opère la mise en abyme entre beauté et réel.

1972 : Antoine Vitez crée, avec l’accord de la Ville, une compagnie : le Théâtre des Quartiers d’Ivry.
1976 : la Ville d’Ivry réhabilite un ancien grenier à sel, rue Simon Dereure, pour en faire un théâtre.
1982 : Antoine Vitez est nommé à Chaillot. Puis à la Comédie-Française.
Après sa mort, en 1990, le Théâtre d’Ivry devient Théâtre Antoine Vitez.

Le terme “ quartiers ” a son importance.
Associé à “ théâtre ”, il implique une proximité des artistes avec la population.
Pas seulement avec ceux qui ont l’habitude de fréquenter les lieux culturels, Aussi avec des personnes qui, a priori, ne pousseront jamais la porte d’un musée ou d’un théâtre.
Qui se diront : “ En quoi ça me concerne, qu’est-ce que j’en ai à cirer ? ”.
Cela veut dire que l’engagement des artistes est essentiel.
Que leur travail, leur art doit être ancré dans le réel des gens qui les entourent, qui vivent tout près de ce lieu de création qu’est le théâtre.

1982 : Philippe Adrien est nommé à la direction du Théâtre des Quartiers d’Ivry. Il met le Studio d’Ivry à la disposition de nouveaux auteurs et metteurs en scène.
1984 : Elisabeth Chailloux et Adel Hakim vont y créer le premier spectacle de leur compagnie, le Théâtre de La Balance : La Surprise de l’amour de Marivaux.
En 1985, Philippe Adrien quitte le Théâtre des Quartiers d’Ivry. Il fonde l’Atelier de Recherche et de Réalisation Théâtrale à la Cartoucherie de Vincennes.
Depuis 1996, il dirige le Théâtre de La Tempête.

1985 : Catherine Dasté succède à Philippe Adrien à la direction du Théâtre des Quartiers d’Ivry. Elle programme Elisabeth Chailloux avec Le Paradis sur terre de Tennessee Williams et Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute.
7 années de direction de Catherine Dasté.
Les Ateliers d’Ivry connaissent un développement exceptionnel.
13 ateliers : 8 pour les enfants et les adolescents, 5 pour les adultes.
1992 : Catherine Dasté commence une nouvelle aventure en Bourgogne, à Pernand-Vergelesses, pour animer les Rencontres Théâtrales Jacques Copeau.

 

Le binôme. Ernestine, vieille édentée, et Polichinelle, gros balourd, se trouvent face à face.
Improvisation masquée. Ernestine cherche à rentrer chez elle. Elle ne trouve pas ses clés.
Polichinelle essaie de la cambrioler. Ça ne marche pas.
Ernestine est bien maligne, Polichinelle bien maladroit.
Fin de l’impro. Retrait des masques de Commedia dell’Arte d’Erhard Stiefel.
Sous le masque d’Ernestine apparaît Elisabeth Chailloux.
Sous celui de Polichinelle se trouve le visage d’Adel Hakim.

Tout commence là. 1980. Sur le plateau du Théâtre du Soleil.
Sous le regard exigeant et explorateur d’Ariane Mnouchkine.
Quelques mois de stage et de premières répétitions des Shakespeare avec Ariane.

Ensuite, Elisabeth et Adel suivent des stages avec John Strasberg, fils de Lee Strasberg de l’Actors’s Studio.
De ce double apprentissage, axé sur des méthodes opposées, nous vient l’envie à Elisabeth et moi de construire notre propre esthétique théâtrale.

Avec Ariane, l’image de plateau, le corps des acteurs, la composition des personnages, le dessin des émotions face public, sont des éléments essentiels, au niveau de la forme, du style du Théâtre du Soleil.
Avec John Strasberg, nous apprenons comment associer l’intime de l’acteur, ses émotions personnelles, son vécu, avec la situation que vit le personnage.
Avec Ariane, c’était un important apprentissage de mise en scène, avec John un enseignement tout aussi essentiel pour la direction d’acteurs.

1984 : un projet, La Surprise de l’amour de Marivaux, style La règle du jeu de Jean Renoir. Philippe Adrien accepte de le programmer au Studio d’Ivry. Naissance du Théâtre de la Balance. Lancé à Ivry !
Coup du sort. Éloges de la critique, tournées en France et à l’étranger, reprise au Théâtre de la Tempête.

Le Théâtre de la Balance débute son parcours en France et à l’étranger avec Marivaux, Tennessee Williams, Racine, Nathalie Sarraute, Eschyle, Botho Strauss et mon premier texte Exécuteur 14.
1992. Le binôme est nommé à la direction du Théâtre des Quartiers d’Ivry/La Balance, à la suite de Catherine Dasté.
Le public d’Ivry va entendre les textes de Peter Handke, Marivaux, Sénèque, Calderón de la Barca, Tennessee Williams, Louis Barthas, Joseph Delteil, Roland Fichet, Pirandello, Shakespeare, Goldoni, Bernard-Marie Koltès et Adel Hakim.

 

Yves Collet, scénographe de Catherine Dasté, devient, cette même année, artiste associé pour la scénographie et le graphisme du Théâtre des Quartiers d’Ivry.

 

Pierre Gosnat a été maire d’Ivry de 1998 à janvier 2015.
Sa personne, sa pensée, son discours, son combat politique, son courage, sa chaleur humaine, son humour et son sourire ne s’effaceront jamais de notre mémoire.
Soucieux de la responsabilité civique, il a convaincu les citoyens d’Ivry de la nécessité d’être solidaires, généreux, attentifs aux difficultés dans lesquelles peuvent se trouver les uns et les autres.
Habité par un idéal social, Pierre a eu la force de mettre en oeuvre ses idéaux de manière pragmatique et de leur donner une forme concrète dans la Ville.
D’où le maintien, même en temps de crise, de la diversité culturelle, de la solidarité sociale, du dialogue entre citoyens et de l’accès pour tous à l’éducation, à la culture et aux sports.
Le projet du Centre Dramatique National du Val-de-Marne à la Manufacture des Œillets a été mené grâce à la ferme et constante volonté de Pierre.
La confiance qui nous a été accordée, le fait de pouvoir partager avec Pierre une longue collaboration professionnelle ainsi que des moments d’amitié ont été pour nous un grand honneur.
Philippe Bouyssou, qui succède, en tant que maire, à Pierre Gosnat, poursuit, avec la même conviction et les mêmes objectifs de solidarité sociale, cette politique culturelle, fruit d’un long héritage. C’est avec lui que nous sommes heureux de poursuivre le travail commencé avec Pierre.

 

Du Théâtre des Quartiers d’Ivry / La Balance
au Théâtre des Quartiers d’Ivry, Centre Dramatique National du Val-de-Marne.

En 2003, les partenaires institutionnels, Etat, Ville et Conseil Général, décident d’accorder au Théâtre des Quartiers d’Ivry les moyens d’un Centre Dramatique National, par sa fusion avec le Théâtre du Campagnol, suite au départ de Jean-Claude Penchenat.
Le terme “ en préfiguration ” est proposé par le Ministère.
En vue d’installer le Théâtre des Quartiers d’Ivry dans un équipement conforme aux exigences d’un centre dramatique national.

Les missions du Théâtre des Quartiers d’Ivry sont élargies.
Les activités précédentes sont maintenues et s’y ajoutent :
Partage de l’outil. Soutien aux compagnies. Co-productions.
Partenariats sur le département du Val-de-Marne.
Développement de l’action culturelle.
Elaboration d’un projet artistique et architectural.
Avec, à l’horizon, un nouveau lieu.

2003 : le nombre de salariés permanents passe de 5 à 14.
Entre 2003 et 2016, le nombre de spectateurs par saison passe de 12 000 à 22 500.
Le nombre de représentations de 75 à 125.

 

Le Studio Casanova. 2005 : première salle de spectacle confiée par la Ville, de manière autonome, au Théâtre des Quartiers d’Ivry.
L’équipe s’attelle à faire venir le public dans ce nouveau lieu de la Région Parisienne. Il devient un lieu incontournable.
Les spectateurs s’habituent à venir y découvrir des textes, des compagnies, des aventures artistiques qui s’épanouissent et bourgeonnent au fond de l’impasse arborée.

Deuxième pas essentiel de la Ville d’Ivry : acquisition en 2009 de la Manufacture des Œillets.
Répondant aux exigences de l’Etat, l’installation du Théâtre des Quartiers d’Ivry dans une partie de ce bâtiment catalogué aux Monuments Historiques, ouvre de nouvelles perspectives.

Il s’agit du seul Centre Dramatique National de la banlieue Sud.
Un pôle fort de création théâtrale et d’action culturelle.

 

La programmation. Un acte artistique
Aucun quota Hommes / Femmes, mélange des générations, ou diversité culturelle ne sont imposés. Cet équilibre s’établit par l´intérêt qu’Elisabeth et moi portons aux projets qui nous sont proposés.

La programmation 2016-17 : manifeste de ce que nous cherchons à exprimer dans ce nouveau lieu qu’est la Manufacture des Œillets.

Athènes, berceau du théâtre occidental. Il y a plus de 2400 ans.
A un moment où les Grecs vivent une révolution : apparition de la démocratie, pouvoir du peuple. Presque…
Sans les femmes, les esclaves, les métèques.
Pour autant, démocratie signifie dialogue entre citoyens.
Dialogue dans l’Agora. Rassemblement. Assemblée générale. Parlement.
Eschyle, Sophocle, Euripide, transposent l’Agora à l’Amphithéâtre.
Des protagonistes, tels que Créon et Antigone, prennent la parole sur la Skéné.
Ils incarnent les différentes visions, les positionnements distincts qui s’expriment dans la cité.
Et provoquent des conflits qui mènent à la tragédie… ou à la comédie.

C’est pourquoi nous inaugurons la grande salle de la Manufacture des Œillets, la Fabrique, avec l’Antigone de Sophocle, jouée par les acteurs du Théâtre National Palestinien dans le cadre du Théâtre des Quartiers du Monde.
Ils joueront aussi Des Roses et du Jasmin, une pièce qui se déroule sur trois générations et trace les liens entre l’Orient et l’Occident - créée à Jérusalem en juin 2015.

La programmation se poursuit à la Manufacture des Œillets.
Une famille de banlieue dont un des fils s’élève dans l’échelle sociale. Ce qui ne résout pas les problèmes. Vertiges.
Liaisons dangereuses qui ont provoqué de la jouissance mais qui, avec l´âge, conduisent à la solitude et à dire Ne me touchez pas.
Une ville turque où l’équilibre fragile entre religion et politique laïque autoritaire pousse des jeunes filles voilées à se suicider. En plein hiver. Sous la Neige.
Des murs peints qui représentent la rébellion des cités face aux injustices sociales. Le peintre Basquiat et son oeuvre Samo.
Se résigner à être un loser, sincère, honnête, pur, ou… un winner, menteur, corrompu, manipulateur. L’Abattage rituel de Gorge Mastromas.
Rapport de pouvoir entre femmes et hommes. Les Femmes savantes.
La féerique poésie de Shakespeare avec Le Songe d’une nuit d’été.
La cinglante pensée du Marquis de Sade qui dit : Français, encore un effort si vous voulez être républicains.
Un Démocrate, l’histoire de Bernays, l’inventeur du principe de propagande et de marketing. Cela se passe en novembre au Théâtre Antoine Vitez, dans le cadre des Théâtrales Charles Dullin.

Dans cette programmation
Six femmes metteurs en scène : Maïa Sandoz (artiste associée au Théâtre des Quartiers d’Ivry), Julie Timmerman, Anne Théron, Blandine Savetier, Laëtitia Guédon, Elisabeth Chailloux,
Quatre hommes metteurs en scène : Nasser Djemaï (artiste associé au Théâtre des Quartiers d’Ivry), Guy Pierre Couleau, Hervé Loichemol, Adel Hakim.
Six auteurs vivants : Orhan Pamuk (Prix Nobel de littérature), Anne Théron, Julie Timmerman, Koffi Kwahulé, Adel Hakim, Nasser Djemaï, Denis Kelly,
Quatre auteurs de répertoire : Sophocle, Molière, Shakespeare, Sade.
Cette programmation ouvre différentes fenêtres pour regarder, admirer et comprendre le monde.

Et bien sûr, axe précieux du Théâtre des Quartiers d’Ivry, l’Atelier Théâtral.
Avec des artistes professionnels (metteurs en scène, acteurs, musiciens, professeur de chant) qui partagent toutes les semaines la pratique théâtrale avec les 200 amateurs de théâtre...

Nous espérons que toutes ces activités pourront susciter votre intérêt, votre curiosité, vos remarques, votre envie de nous parler.
Et pourront vous apporter une part de bonheur.


Le théâtre est le lieu où se construisent et se racontent les légendes d’une Cité.


Le théâtre est un terrain de mise en action de concepts philosophiques

dans les champs de l’esthétique, de l’éthique et du politique.
C’est un laboratoire social où s’expérimentent des forces,
de la connaissance et de l’imaginaire en vue de provoquer la rencontre
entre les auteurs (parfois du passé, parfois d’aujourd’hui),
les acteurs qui sont des passeurs de textes
et les spectateurs dont les interrogations personnelles
se mettent en rapport avec les oeuvres de l’art et de la pensée.
Le théâtre propose d’examiner, in vitro, des possibles du réel,
des modèles inventés et recréés à chaque représentation,
qui provoquent le dialogue, la réflexion et le plaisir du questionnement.

Ainsi spectateurs et acteurs ne sont pas face à face mais côte à côte.
Ils font un bout de chemin ensemble, ils se racontent une histoire.
Et cette histoire devient, le temps du chemin parcouru,
la métaphore de toute une vie.


Adel Hakim
co-directeur du Théâtre des Quartiers d’Ivry