Théâtre des Quartiers d’Ivry

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Le passé est un prologue.
Shakespeare

Tous les ans, au mois de mai, il faut écrire un édito pour la plaquette.
Adel a toujours écrit ces éditos. Avec joie. Avec émotion. Pour ouvrir son cœur au public.
C’est donc le premier édito que j’écris.
 
A la fin de cette année, je vais quitter la direction du Théâtre des Quartiers d’Ivry.
Adel, lui, est déjà parti rejoindre les étoiles.
Sa présence, ses livres sont toujours là dans ce théâtre.
 
Avant de partir, je souhaite dire merci, au nom d’Adel et en mon nom.
 
Merci à ceux qui nous ont précédés :
à Antoine Vitez qui a fondé Le Théâtre des Quartiers d’Ivry et ouvert le premier atelier de pratique amateur,
à Philippe Adrien, qui nous a donné notre première chance. C’est à Ivry que nous avons créé notre premier spectacle La Surprise de l’amour.
à Catherine Dasté qui nous a laissé en héritage "L’Ecole", 13 merveilleux ateliers amateurs.
 
Merci à nos partenaires :
A la ville d’Ivry pour son engagement auprès des artistes, sa politique culturelle exceptionnelle, pour son soutien à ce grand projet initié
par Pierre Gosnat et porté jusqu’à sa réalisation par Philippe Bouyssou : Le Théâtre des Quartiers d’Ivry à La Manufacture des Œillets.
Au département du Val-de-Marne, qui s’est battu pour garder un Centre Dramatique National sur son territoire.
Au Ministère de la Culture qui nous a fait confiance pendant tant d’années.
 
           NOUS AVONS TANT AIME TRAVAILLER A IVRY !
 
Car c’est à Ivry que tout a commencé.
 
Nous nous étions rencontrés au Théâtre du Soleil, sous le regard d’Ariane Mnouchkine.
Improvisation masquée. Deux masques : Une vieille femme, Ernestine, et Polichinelle.
Sous le masque de Polichinelle, il y avait Adel.
Sous le masque d’Ernestine, il y avait mon visage.

Ensuite, nous ne nous sommes plus quittés. Nous avons fondé notre propre théâtre.
En 1984. Naissance du Théâtre de La Balance, avec notre premier spectacle au Studio d’Ivry.
Le Théâtre de La Balance débute son parcours en France et à l’étranger avec Marivaux, Tennessee Williams, Racine,
Nathalie Sarraute, Botho Strauss et le premier texte d’Adel Hakim Exécuteur 14.
 
En 1992, nous sommes nommés à la direction du Théâtre des Quartiers d’Ivry / La Balance à la suite de Catherine Dasté.
Le public va entendre les textes de Peter Handke, Sénèque, Caldéron, Pirandello, Roland Fichet, Goldoni, Shakespeare, Koltès et Adel Hakim.
 
           CREER, CREER, CREER !

Joie de la création au Théâtre d’Ivry qui nous a accueillis pendant tant d’années.
Puis, en 2005, au Studio Casanova quand le Théâtre des Quartiers d’Ivry, par sa fusion
avec le Théâtre du Campagnol devient Centre Dramatique National “ en préfiguration ”.
 
Et le Théâtre des Quartiers d’Ivry devient Théâtre des Quartiers du Monde.
D’abord à Bichkek, au Kirghizistan où Adel monte La Toison d’Or avec les acteurs kirghizes.
Et puis en Argentine, au Chili, en Uruguay, au Yémen et à Jérusalem, avec les acteurs du Théâtre National Palestinien.
Chaque fin de saison, Adel partait au Chili où c’était l’hiver.
Il y a eu beaucoup d’années sans été.
Mais toujours la joie de revenir à Ivry, de partager les découvertes faites avec ces acteurs du bout du monde.
Et c’est avec les acteurs du Théâtre National Palestinien que nous avons inauguré
La Manufacture des Œillets, en janvier 2017.
Avec Antigone et Des Roses et du Jasmin. Un manifeste artistique. Deux spectacles joués en langue arabe.

           OUI, NOUS AVONS CREE TANT DE CHOSES ENSEMBLE.
 
Merci à vous, chers acteurs, avec qui nous avons partagé le bonheur de la création.
C’est vous qui avez donné vie à nos rêves de théâtre.
Merci aux acteurs de Par les villages, Pour un oui ou pour un non,
Exécuteur 14, La Ménagerie de verre, Corps, François d’Assise,
Thyeste, Les Troyennes, Agamemnon, L’Ile des esclaves,
Quai Ouest, Quoi l’Amour, Une Lune pour les déshérités,
La Vie est un songe, La Toison d’Or, Les Jumeaux vénitiens, Sallinger,
Ce soir on improvise, les Principes de la foi, La Fausse suivante, Pasolini : politique-visions,
Mesure pour Mesure, La Rosa Blanca, Hilda, La Cagnotte, L’Illusion comique, Le Baladin du Monde Occidental,
Antigone, Ouz et Ore, Phèdre,
La Double Inconstance, Les Femmes savantes, Des Roses et du Jasmin et Les Reines.
Merci à tous les créateurs et techniciens, ceux qu’on appelle “ les conducteurs des secrets ”, qui ont accompagné nos spectacles.
 
J’entends toujours le rire d’Adel, sa joie pendant les répétitions.
Et notre émotion les soirs de première, devant ce miracle qu’est toujours un nouveau spectacle.
Merci aussi à Yves Collet, notre scénographe et graphiste depuis notre arrivée à Ivry.
Et à notre équipe, qui a défendu corps et âme notre aventure artistique.
Merci à vous Géraldine, Estelle, Pascal, Dominique, Raphaël, Michel, Chloé, Laurence, Lola, et celles et ceux qui nous ont rejoint pour que vive
La Manufacture des Œillets : Edith, Marion, Nicolas, Léa, Pierre, Philippe, Radha, Silvio, Valérie, Justine, Robin et Diane.
Avant de quitter la direction du Théâtre des Quartiers d’Ivry, je vais transmettre “L’Ecole”,
ces 13 ateliers amateurs dirigés par des artistes qui sont l’âme de notre théâtre.
Depuis toutes ces années, il y a eu beaucoup d’amitié dans cette école.
Des gens sont venus voir des spectacles et faire eux-mêmes du théâtre. Ils ont rencontré d’autres personnes. Ils ont parlé, ils ont joué.
Merci à vous Germain, Gilles, Anne, Pierre, Yaël, Youlia, Louise, Thierry, Agnès, Frédéric, Claire, Hélène, Philippe et Joanna pour cette douceur et cette amitié.
 
           LA PROGRAMMATION. UN ACTE ARTISTIQUE

J’ai souhaité que cette dernière programmation reflète les “ affinités électives ”, les compagnonnages avec des artistes
qui ont partagé notre aventure au Théâtre des Quartiers d’Ivry : les metteurs en scène Jean-Claude Fall, Guy Pierre Couleau, Stanislas Nordey, Maïa Sandoz, l’acteur Antoine Basler, les auteurs Wajdi Mouawad, Mohamed Kacimi, et Elise Chatauret, auteur et metteur en scène, qui fut élève des ateliers d’Ivry.
 
           FIGURES FEMININES

Beaucoup de figures féminines traversent cette programmation, qui parle d’exil et de solitude. Mais aussi de joie. De courage. Comme les jeune femmes de F(l)ammes d’Ahmed Madani. Un magnifique manuel de survie.
Maïa Sandoz, notre artiste associée, met à nouveau en scène l’écriture de Marius von Mayenburg, Stück Plastik. Les relations entre un couple, un artiste conceptuel et une femme de ménage vénéneuse. Une pièce en plastique horriblement drôle.
L’acteur Antoine Basler va créer sa version d’Exécuteur 14, la première pièce écrite par Adel Hakim. La solitude d’un homme dans sa ville détruite par les bombes. Un parcours dans la logique de guerre, à vivre, là, avec un acteur habité par le texte.
En décembre, je quitterai le Théâtre des Quartiers d’Ivry avec la reprise des Reines de Normand Chaurette. Ces femmes prisonnières de la tour de Londres, tandis que meurt le roi Edouard et que Richard III prend le pouvoir. Qui sera la prochaine reine d’Angleterre ?
 
           LE MONDE ENTIER EST UN THEÂTRE

Et aussi le Théâtre des Quartiers du Monde avec des textes, des acteurs, qui invitent au voyage.
Le monde vu d’ailleurs.
Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka, mis en scène par Richard Brunel.
Au début du XXème siècle, des femmes quittent le Japon pour épouser en Amérique un homme qu’elles n’ont vu qu’en photo.
Découverte de l’Amérique, de l’exil, du travail puis… disparition.
Jean-Claude Fall va mettre en théâtre Jours tranquilles à Jérusalem, journal de bord de Mohamed Kacimi écrit pendant les répétitions à Jérusalem de Des Roses et du Jasmin, le dernier spectacle d’Adel.
Le voyage d’une migrante syrienne à travers son fil Wats-App, Enterre-moi mon amour mis en espace par Clea Petrolesi à la Médiathèque.
Un conte, une légende iranienne, La Conférence des oiseaux mis en scène par Guy Pierre Couleau. Les oiseaux à la recherche du Simorg et du sens de la vie, à la recherche d’eux-mêmes.
Bérénice de Jean Racine mis en scène par Gaëtan Vassart. La reine de Palestine jouée par l’actrice iranienne Golshifteh Farahani.

Deux derniers spectacles, pour aller au bout de notre aventure au Théâtre des Quartiers d’Ivry :
John de Wajdi Mouawad, mis en scène par Stanislas Nordey. Un jeune homme s’adresse à la caméra pour en finir avec la vie.
Ce qui demeure d’Elise Chatauret, les fragments d’une vie ou plutôt ce qui surgit de la mémoire d’une femme pendant quelques entretiens. Que reste-t-il d’une vie, d’une histoire ? Que reste-t-il de nous ?
 
Et la joie de terminer cette saison par la présentation des travaux de “L’Ecole”.
 
Merci à vous, cher public d’Ivry, pour avoir partagé cette grande et belle aventure.
C’est vous, par votre ouverture, votre fidélité, qui avez répondu à cette question que se posent tous les artistes : “ Pour qui fait-on du théâtre ? ”
Pendant 26 ans nous avons eu la joie de faire du théâtre pour vous.
Comme l’écrivait Adel dans son premier édito, celui écrit pour la plaquette de 1992, nous étions venus à Ivry pour “ raconter des histoires ”.
 
Merci à vous d’avoir écouté nos histoires, de les avoir aimées.
Vous avez fait de nous des artistes heureux.

La vie est une pièce de théâtre.
Ce qui compte ce n’est pas qu’elle dure longtemps
mais qu’elle soit bien jouée.
L’endroit où tu t’arrêtes, peu importe.
Arrête-toi où tu voudras pourvu que tu réussisses ta sortie.
Sénèque


Elisabeth Chailloux
directrice du Théâtre des Quartiers d’Ivry